I. Ibid., p
3. Ibid., p. aïo. 3. Critique de la raison pratique, Irad., Picavet, p. iio.
énéraP, ne peut pas commander. « Ordonner à chacun de chercher à se rendre heureux serait une chose insensée, car on ne commande jamais à quelqu'un ce que de lui-même il veut déjà inévitablement ^ » C'est pourquoi l'amour de Dieu et l'amour du prochain ne sont pas moraux en soi pour Kant et sont des sentiments équivalents, au point de vue moral, à l'amour de la gloire ou à toute autre inclination. (( Aimer Dieu signifie exécuter volontiers ses commandements, aimer le prochain, pratiquer volontiers tous ses devoirs envers lui. Mais Tordre qui nous en fait une règle ne peut pas non plus commander d'avoir cette intention dans les actions conformes au devoir, mais simplement d'y tendre. Car le commandement que l'on doit faire (juelque chose volontiers est en soi contradictoire, parce que si nous savons déjà par nous-mêmes ce que nous sommes obligés de laire, si nous avons, en outre, conscience de le faire volontiers, un ( ommandement à cet égard serait tout à fait inutile '\ » C'est Kant (|ni a raison. Le bien ne peut pas commander en tant que bien; il ne ])cut commander que si, ne l'ayant pas reconnu comme un bien, nous admettons sans comprendre, par confiance, qu'une volonté supérieure, sachant mieux que nous ce qu'il en est, nous l'impose; mais ce n'est plus alors le bien qui ordonne, c'est la volonté supérieure à laquelle nous remettons de penser pour nous.
Le bien et le bonheur.
Le nœud de la question est dans la dissociation entre le bien et le bonheur, que Kant a été obligé de faire, alors que toutes les pliilosophies antérieures avaient au contraire cherché à les unir.
Chose curieuse, après s'être donné tant de mal pour restaurer le bien dans un système qui l'excluait tout d'abord, les éclectiques ont îenu essentiellement à maintenir cette dissociation opérée par Kant. Ils n'ont pas de termes assez durs contre Vliédonisne, la doctrine .11 bonheur de leurs prédécesseurs et affirment avec insistance que la recherche du bonheur est synonyme d'égoïsme. C'est une confu- -5on qui n'avait pas été faite jusqu'alors. Il avait toujours été -dmis qu'il existe maintes sortes de bonheur et que la sympathie,
•• ti^id., p. 61.
••. Ibid., p. 1^8-1 '49.
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l'amour du prochain et de la patrie, le désintéressement, l'amour de l'action et des idées, étaient, comme la satisfaction des inclinations qui nous portent à notre conservation, une forme, mais une forme plus large et plus complète, une extension de la recherche du bonheur. Les éclectiques introduisent ici un dualisme, une séparation radicale entre des termes, que les philosophes antérieurs avaient présentés comme constituant une hiérarchie. « Par là, dit très justement Brochard', ils ont en quelque sorte déplarr l'axe de la morale et fait dévier cette science. »
Il est amusant de voir le bon Jouffroy s'étonner que tous ses prédécesseurs, et les plus sévères, aient été des hédonistes. Quo Descartes, Spinoza, Leibniz, Malebranche même l'aient été, passe encore ; mais Bossuet lui-même a soutenu la doctrine du bonheur, quelle aberration I « C'est ainsi qu'au xvii* siècle on a vu, d'un côté Leibniz, de l'autre Bossuet, admettre la doctrine du bonheur, quoique rien ne paraisse plus antipathique à l'âme chrétienne de Bossuet et à l'esprit vaste et sévère de Leibniz". » Et JoufTroy s'évertue naïvement à leur trouver des circonstances atténuantes.
La doctrine du bonheur antipathique à l'âme chrétienne, c'est bien ce jugement qui est une des plus extraordinaires aberrations. Il faut que le sens historique ait manqué d'une façon étonnante à nos éclectiques, pour qu'ils aient méconnu que le christianisme a été engendré essentiellement par un grand besoin de bonheur, besoin si grand que tout bonheur d'ici bas lui a paru insulFisant et qu'il a eu essentiellement pour objet de substituer au bonheur relatif et incertain des choses de ce monde la félicité parfaite et infinie de l'immortalité bienheureuse. C'est le point de vue même du grand chrétien qu'a été Pascal. Il a posé le problème moral comme un pat^i, dont la mise, les biens de ce monde, lui paraissent insignifiants par rapport au gain infini que réserve l'immortalité. Aussi Paul Janet en est tout indigné. Il ne cherche même pas à lui trouver des excuses et ne craint pas de nous dire que « Pascal, le grand Pascal, s'est représenté sous une forme brutale et grossière le problème moraP ». Ce n'est pas seule ment Pascal et Bossuet, ce sont tous nos auteurs du xvii® siècle, et