I. Janet, loc. cit., p
SABTIAUX. LA MORALE KANTIENME,
3i2 LA POSITION DE LA MORALE KANTIENNE DANS L'HISTOIRE
bonheur est une injustice... Il est donc évident que la loi morale doit avoir sa sanction... Geserait une contradiction que Thomme fût tenu à la justice, et en même temps qu'il n'y eût pas de justice par rapport à lui^ » Kant aurait conclu immédiatement à Dieu et à la vie future. Mais Janet s'aperçoit que le raisonnement conserverait quelque chose de cet utilitarisme qui a été exorcisé. Il cherche des faux- fuyants, afm de l'éviter: « Nous ne dirons pas avec Kant : la vertu est digne du bonheur, mais elle est le bonheur... Il n'y a pas pour l'homme d'autre bonheur à rêver que sa propre excellence. Retrouver son être véritable et le dégager tout entier de ce qui le blesse, le souille ou l'opprime, voilà le bonheur, voilà la vertu, voilà l'éternité. La vie future ne doit pas être présentée comme une récompense, mais comme une délivrance ^ »
En quoi la délivrance de nos misères diflere-t-elle d'une récompense ? La disiincûon est bien subtile, mais le mot récompense n'est pas prononcé, c'est l'essentiel. « La terre est une vallée de larmes, en même temps qu'un champ de combat. La douleur ploie les plus robustes et malheur à qui n'a pas pleuré ! La vertu subit et accepte, même avec joie, ces conditions ; mais a droit à la délivrance, c'est là son prix^. » Il est difficile de comprendre comment un prix est autre chose qu'une récompense ; nous sommes, sans doute, trop impurs pour percevoir la distance qui les sépare. Le raisonnement reste en tout cas très voisin de celui de Kant. VimbrofjHo subsiste entièrement. Il ne pouvait pas en être autrement. Quand on s'y est laissé prendre, il est impossible d'en sortir, on ne peut que. tourner indéfiniment sur soi-même.