‹ Morale Kantienne et morale humaine [microform]Chapitre 188 sur 312 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

3. Ibid.. p. 590. S'agirait-il de prix au sens de valeur? Dans ce cas il n y aurait pas de sanction. Il est possible que Janet ait joué sur ce mot.

cependant c'est son plus grand bien, c'est son seul bonheur. Étant son bien, elle ne peut être acceptée que par attrait et sentiment, ou par nécessité et raison ; mais il faut qu'elle commande, sans quoi il serait trop facile de l'accepter. Donc, c'est par ordre et en quelque sorte par menace que l'homme tend naturellement vers ce qui lui paraît le meilleur. La vertu est naturelle, car il n'y a rien que de naturel dans la raison ; mais la raison doit avoir une origine transcendante, puisque le monde est mauvais et qu'il est bon parce qu'il est mauvais I ^'ous sommes loin des idées claires et distinctes de Descartes ! On voit quels effets désastreux le kantisme a introduits dans notre philosophie. Oh ! je sais bien que, pour beaucoup de nos philosophes, cette clarté est devenue un vice; Voltaire est un pauvre d'esprit parce qu'il est resté clair*. La clarté manque de profondeur et la contradiction, l'absurdité, depuis que la métaphysique allemande s'est emparée du monde de la pensée, sent empreintes de quelque chose de subUme, qui élève l'âme au-dessus de la terre, en même temps qu'elle la fait descendre dans les abîmes mystérieux de l'inconscient.

Mais si cette attitude peut présenter quelque charme dans une sorte de poésie décadente, je persiste à penser, j'ose affirmer (et j'en appelle pour cela à toute tradition et des anciens et des classiques) qu'elle constitue pour la philosophie un véritable suicide.

Tout le mal tient en peu de mots. Kant a voulu révolutionner la morale en renversant l'ordre des termes bien et devoir. En cela, il a agi à la façon de Copernic en astronomie, sauf que Copernic avait raison, ou tout au moins de très bonnes raisons. Mais si l'on adopte le système de Copernic, on ne peut pas adopter en même temps celui de Ptolémée ; on ne peut pas vouloir que la terre tourne autour du soleil et que le soleil tourne autour de la terre. Il faut choisir. Kant avait choisi. Les éclectiques ont vu les absurdités qui sont la conséquence de ce choix. Ils ont préféré ne pas choisir et maintenir les deux systèmes. Ils ont voulu que le devoir se meuve autour du bien, comme dans la morale traditionnelle, et qu'en même temps le bien se meuve autour du devoir, comme

I. Je ne prétends point qu'il n'y ait pas diverses sortes de clartés et que sur certains points Voltaire n'ait pas été superficiel ; mais il a toujours sur Kant le mente, le grand mérite, d'être clair et de ne pas se contredire. C'est beaucoup.

dans le moralisme kantien. Cette entreprise était nécessairement vouée à un échec.

L'expérience qu'ils ont faite est intéressante pour nous: elle démontre qu'il faut être kantien ou ne pas l'être. Leur tentative, avec toutes ses corrections successives, prouve clairement (ce qui était déjà évident par l'étude des anciens et des classiques) que toute transaction est impossible entre Kant et la tradition. Sur ce point, tout au moins, Kant ne s'était pas trompé.

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