‹ Morale Kantienne et morale humaine [microform]Chapitre 193 sur 312 · L'OBLIGATION MORALE · texte numérisé non relu

L'OBLIGATION MORALE

Nous avons vu comment Renouvier et les éclectiques ont cherché à concilier l'obligation morale de Kant avec le principe traditionnel du bien. La conciliation que M. Boutroux a tentée à son tour consiste d'abord à dire que « l'idée pure du devoir est toujours plus claire à nos yeux que l'idée de la matière que nous y associons' »; ce qui répondrait dans le kantisme aux préoccupations modernes, c'est que « nous savons que nous sommes obligés, que nous avons un devoir à remplir avant de savoir précisément en quoi ce devoir consiste... C'est sous" l'aiguillon de l'idée de devoir que nous nous efforçons de définir nos devoirs... Convaincus que nous devons faire notre devoir, nous cherchons à quoi cette conviction nous oblige^. » La démarche du système kantien, qui va de la forme à la matière, du devoir aux devoirs, aurait inauguré en morale un point de vue nouveau et toujours actuel.

Je crois qu'il n'y a là qu'une confusion. Ce mouvement par lequel la conscience se porte du général au particulier, du devoir aux devoirs, n'est pas un fait nouveau en philosophie. Toutes les morales idéalistes et intellectualistes sont, en effet, parties du bien conçu en général, pour arriver aux biens particuliers; elles ont toutes affirmé que l'homme éprouve le sentiment ou conçoit la notion du bien avant de définir les divers biens à réaliser. Ces philosophies s'attachent à chercher d'abord en quoi consiste la vertu, pour en conclure ensuite quelles sont les diverses vertus.

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