Ibid., p
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C'est par exemple Tordre que suit Malebranche, dont la première partie du Traité de morale est consacrée à la vertu et la deuxième aux devoirs. Philosophiquement, c'est au fond le vieux problème des universaux, qui remonte à Aristote. Ce qu'il y a de particulier et de nouveau dans Kant, ce n'est pas que nous ayions la notion du devoir avant les idées particulières des devoirs, que l'idée de faire notre devoir soit plus claire que celle des divers devoirs à accomplir, ni qu'elle soit antérieure à celle-ci, c'est que l'idée de faire notre devoir, pour être réellement morale, doit revêtir la forme de la contrainte, que le devoir est un commandement et un commandement ne reposant pas sur l'autorité d'un dieu. C'est ce caractère particulier qui paraît constituer avant tout ce qui reste du moralisme kantien dans la pensée de nos contemporains. Comment M. Boutroux cntend-il à son tour ce commandement?
« Ce ton de commandement, nous dit-il, s'explique sans peine, si l'on considère que ce n'est pas à la volonté déjà raisonnable et morale que la raison s'adresse ici, mais à cette volonté esclave des sens et de l'amour de soi, qu'elle trouve d'abord devant elle, à une volonté incapable de susciter en elle-même le moindre désir de se conformer à la loi ^ » Mais est-ce là le point de vue kantien? N'est-ce pas au contraire le point de vue même de la morale antique et classique? La distinction de Tâme rationnelle et de l'âme sensitive a été faite par Platon et par Aristote, elle a été reprise et corrigée par Descartes et par Spinoza et c'est Tidée fondamentale de toutes les morales philosophiques antérieures à celle de Kant qu'il y a dans la conscience une hiérarchie des appétits et des volontés, à laquelle correspond d'ailleurs la hiérarchie des divers bonheurs. Kant n'a rien inventé à ce sujet. Ce qui lui est particulier, en tant que philosophe, c'est l'obligation, et ce qu'il s'agit de savoir, c'est si l'idée ou les idées du bien sont ou non obligatoires. Toute la question est là lorsqu 'ayant rejeté le principe même de la morale de Kant on admet l'antériorité du bien sur le devoir. Qu'en pense M. Boutroux?
Il paraît assez voisin de Kant, lorsqu'il nous dit : « Pour qui scrute jusqu'au bout les conditions de l'acte moral, il paraît bien que ce qui le détermine, en dernière analyse, c'est ridée d'une