‹ Morale Kantienne et morale humaine [microform]Chapitre 219 sur 312 · Jaclimann, loc. cit., p. 2i · texte numérisé non relu

Jaclimann, loc. cit., p. 2i

KANT ET LA MENTALITÉ PRUSSIENNE

les femmes (aller Frauen wahre Ehre sel) \ » Henri Heine écrivait : « Toutes les disciplines furent saisies (de l'esprit de Kant), même la poésie ne fut pas à l'abri de cette influence. Les belles-lettres et les beaux-arts se ressentirent de la sécheresse abstraite de cette philosophie. Par bonheur il ne se mêla pas de cuisine ^! » Il est heureux qu'après la Critique de la raison pure, la Critique de la raison pratique, la Critique du jugement et la Critique de la religion, nous n'ayons pas eu une construction a priori, universelle et nécessaire, sur l'art culinaire, que l'Université ou la Faculté nous eût imposée ! Mais nous savons par ses biographes que Kant n'était pas éloigné de l'écrire et qu'il faisait sur ce sujet la terreur des hôtesses de Kœnigsberg : « Toutes les maitresj^s de maison craignaient sa critique acérée en cuisine et s'eflbrçaient péniblement à satisfaire son goût très fm de connaisseur en cette matière '\ » Gela ne les empêche pas de nous avouer ailleurs, avec leur naïveté habituelle, dans le but de démontrer la simplicité des mœurs du grand « savant », que sa table était fort mauvaise et que son ordinaire était aussi lourd que son style.

Mais ce qu'il est important de noter, c'est cette conception que Kant se faisait de la femme. Il l'ignorait complètement, n'ayant jamais aimé, n'ayant jamais entretenu, même avec ses sœurs, des sentiments affectueux \ Cette lacune est plus grave encore dans la vie d'un moraliste que celle du sentiment esthétique. Et, après ce que Kant nous a dit du rôle subordonné qu'il assigne à toute une classe de travailleurs dans sa république des hommes libres, on devient un peu sceptique sur le sens qu'il faut attribuer à sa fameuse maxime de ne jamais traiter dans l'homme l'humanité comme un moyen mais comme une fin. Dans l'homme peut-être, mais en tout cas pas dans la femme ! La femme, comme pour tout bon Prussien, existe essentiellement à ses yeux pour le confort (Gemiithlichkeit) du mari. Voilà qui confirme une fois de plus ce qu'il faut entendre par humanité et complète ce que j'ai dit sur l'absence du sentiment véritable delà personnalité humaine dans l'œuvre de notre philosophe libéral.

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