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KANT ET LA MENTALITÉ PRUSSIENNE
Sans l'aide de l'expérience? Parfaitement. C'est ce que Jachmann nous avance naïvement, pour nous convaincre de l'extraordinaire génie de son maître : « Il n'avait jamais vu une seule expérience de chimie ^ »
Kant a épilogue sur une quantité de questions de géologie, de météorologie, d'ethnologie. Il s'est occupé dans ses laborieux écrits de la transformation des mers, des terres, des montagnes, des volcans, des Qeuvcs, des changements de l'atmosphère, des mouvements des planètes et de leurs satellites, des animaux et des races humaines. On est frappé de cette vaste encyclopédie, lorsqu'on lit les titres de ses nombreux ouvrages. Mais lorsqu'on les ouvre et qu'on a le courage de les lire, on est surpris de voir à quel point ses connaissances étaient superficielles. Il avait bien pris quelque teinture de science dans des ouvrages de seconde main; mais, en rêveur et en théoricien, il s'est contenté ensuite de laisser fonctionner le mécanisme de son idéologie, sans avoir assimilé les principes, sans avoir acquis aucune méthode positive. Il raisonne à perte de vue sur l'ouvrage de ISewton, qu'il a lu en métaphysicien, mais dont il n'en a pas saisi le caractère expérimental ; il n'a jamais regardé à travers les lentilles d'une lunette et ne se doute pas de ce que sont les travaux d'un observatoire. Il discute à n'en pas finir sur les océans et il n'a pas seulement pris la peine d'aller voir la mer ! Il disserte sur les volcans, sur les mouvements de l'écorce terrestre et, non seulement il n'a jamais approché un laboratoire, mais il n'a même jamais étudié un minéral, un métal ou un corps composé, ni examiné une coupe de terrain dans la campagne près de Kœnigsberg, à une époque 011 la stratigraphie était déjà inventée. Pourquoi dédaigne-t-il d'observer le moindre objet naturel, non pas à l'aide d'un instrument, mais avec les simples ressources de ses sens ? Pourquoi ne trouve-t-on dans son œuvre aucune description d'un fait biologique dont il ait eu une expérience directe? Parce qu'il n'est pas préparé à la disciphne patiente des sciences exactes et parce qu'il n'en a pas le goût. Il préfère se laisser aller au fonctionnement à vide d'une pensée qui se développe sans contact avec la réalité. Il rempUt plusieurs in-octavo de considérations vagues et obscures, mais il est incapable de donner l'image pré-