DIVORCE DE LA PHILOSOPHIE ET DE LA SCIENCE
H^est inutile de poursuivre plus loin Texposé des idées mathématiques de Kant, ses considérations confuses sur le mouvement relatif et le mouvement absolu, sa démonstration extrêmement obscure et embarrassée du théorème très simple de la composition des mouvements, son incapacité à comprendre la notion de corps symétriques par rapport à un plan\ Kant était dénué d'esprit mathématique, comme il l'était de tout sens expérimental 11 n'a pas plus le véritable esprit géométrique que l'esprit de finesse. Son œuvre « scientifique », — ce que j'ai dit suffit à le montrer — est inexistante, elle n'a pas apporté le moindre élément au développement ultérieur de la science. C'est ce qu'a constaté un savant historien des sciences, M. Milhaud : « Tous les travaux scientifiques de Kant pourraient être supprimés sans que la suite des recherches des savants s'en fût ressentie'. » Mais il ajoute : « Je crois pouvoir maintenir ces conclusions sans porter atteinte à la mémoire tin grand philosophe. Le 'puissant effort de pensée qu'a été l'œuvre philosophique de Kant suffit à assurer sa gloire... Il est inutile de vouloir y ajouter des titres qu'il n'a pas eus. »
Je ne saurais souscrire à ce jugement trop bienveillant. On peut discuter à perte de vue sur la métaphysique, sans savoir qui a
I. La solidité des connaissances scientifiques de Kant est un des préjugés les plus persistants. J'en trouve encore un témoignage chez un auteur, ^ï. P. Lasserrc, qui n'est pas suspect de tendresse pour Kant et qui écrivait, il y a à peine quelques mois : « Kant est encore d'un temps où... l'on ne se fût pas permis d'aborder la philosophie sans être géomètre; il possède les mathématiques, la physique, les sciences naturelles... » (Le Germanisme et l'esprit humain, Paris, Champion, 1915, p. 33). C'est lin de ces clichés qu'on va reproduisant et qu'on se transmet sans examen. L'appareil logique de Kant fait illusion lorsqu'on n'y regarde pas de trop près.