‹ Morale Kantienne et morale humaine [microform]Chapitre 229 sur 312 · K5W3II · texte numérisé non relu

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nous dit « qu'il resta toujours absolument chaste au sens le plus sévère du mot' ». Comme la musique et les arts, le sentiment l'eût distrait de ses pensées « profondes » ; c'était tout au moins la justification pédante qu'il donnait de son atonie émotive. Jachmann va plus loin : « Je vous parlerais volontiers des sentiments tendres de Kant, mais j'ai le regret de constater que je n'ai eu aucune connaissance de sentiments de cette sorte dans la vie de ce Sageuniversel (^Weltweise)^. »

Il nous expose d'ailleurs le peu d'estime dans lequel Kant tenait ces sentiments : « Kant recommandait souvent à ses amis célibataires de ne pas se marier par inclination, de ne le faire que pour des- motifs raisonnables. » Nous allons voir ce qu'il entendait par raisonnable : « H appuyait ses conseils sur l'expérience des autres, en particulier celle d'un ami très sérieux, un M. G., qui s'était marié deux fois, la première avec une femme qu'il avait épousée uniquement pour son bien et la seconde par amour ; or cet homme raisonnable (verstandig) avait reconnu finalement qu'il avait été aussi heureux avec l'une qu'avec l'autre. Aussi Kant était-il d'avis que, plutôt que de rechercher chez une femme, après les qualités de ménagère et de mère, la satisfaction des sentiments amoureux, il était préférable de considérer l'argent (man lieber auf Geld Riicksicht mehmen mochte), parce que l'argent dure plus longtemps que la beauté et le charme, qu'il concourt beaucoup à un bonheur solide de la vie et noue plus solidement les liens du mariage, parce que \e bien-être qu'A apporte à l'homme lui inspire une reconnaissance digne d'amour à l'égard de sa femme ^ » Ces justifications sont charmantes.

Ce . . . manque de désintéressement paraît d'ailleurs tout naturel à Jachmann. Il était sans doute mal pénétré de la théorie du devoir, exclusif de tout intérêt, dont notre bon apôtre avait fait l'unique fondement de la moralité I II en est si peu étonné qu'il insiste et nous raconte, pour témoigner du bon sens très avisé de son excellent maître, une histoire personnelle : « Quoique Kant pratiquât entièrement les idées de Saint Paul sur le célibat et

1. Loc.cit.,p. 6i. Le puritanisme piétiste était pour beaucoup aussi dans cette

attitude.

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