Loc. cit., p. i
KANT ET LA MENTALITÉ PRUSSIENNE
répétât souvent la maxime d'une femme très sage, qui disait : si lu te trouves bien ainsi ne change pas, il s'occupait cependant
quelquefois du mariage des autres Il avait notamment' choisi
pour mon frère, revenu depuis quelques mois d'Angleterre, une certaine demoiselle R..., qui était la plus riche de Kœnigsberg. Dès la première visite de mon frère, il lui fit l'offre avec une telle sympathie cordiale et se proposa lui-même comme intermédiaire d'une façon si pressante, que l'aveu de mon frère : j'ai déjà choisi selon mon cœur, lui fut extrêmement désagréable. »
Kant ne nous renseigne pas sur ses relations avec son père*. Il se souvenait sans doute avec affection de sa mère ; mais il l'a perdue de si bonne heure, lorsqu'il avait treize ans, que ses sentiments pour elle ne comptent guère dans sa vie. Il n'en parle d'ailleurs jamais avec tendresse, mais avec une sorte de piétisme, de moralisme, qui ne vient pas proprement du cœur ; il lui est reconnaissant pour : « les germes du bien, qu'elle a déposés en lui ^ ». Le reste de sa famille se composait de ses frères et sœurs et de leurs
ménages.
Qu'il ne se soit guère soucié de ceux qui n'habitaient pas Kœnigsberg, cela est déjà étrange, mais plusieurs vivaient auprès de lui dans la même ville. « Je ne lésai jamais vus ensemble », dit Borowski^ Jachmann en paraît d'abord un peu surpris : « Il est singulier que Kant n'ait pas adressé la parole à ses sœurs pendant vingt-cinq ans, alors qu'elles vivaient dans le même lieu que lui\ » Puis il en donne deux raisons, qui sont remarquables. Voici la première : « Son esprit et ses occupations, comme savant, relevaient complètement au-dessus de la sphère de sa famille. » Nous savons, en effet, que ses sœurs vivaient dans une situation très modeste et que Kant recherchait et pratiquait surtout les hauts fonctionnaires, les officiers, les riches marchands, toute l'aristocratie de la ville et du district.
La seconde raison, que Jachmann nous présente comme la principale, est plus caractéristique encore : « mais surtout, dit-il, la situation de Kant était si modeste qu'elle ne lui permettait pas
1. Qu'il perdit en 1746, lorsqu'il avait 22 ans; j'ai dit que le père de Kant était sellier.