‹ Morale Kantienne et morale humaine [microform]Chapitre 243 sur 312 · Borovvski, loc. cit., p. 44. i j · texte numérisé non relu

Borovvski, loc. cit., p. 44. i j

2. T. de Wyzewa, Quelques épisodes de la vie de Kant, aans Revue des deux

mondes, i5 juin 1901, p. gAi-O^a.

KANT ET LA MENTALITÉ PRUSSIENNE

pouvait lui porter ombrage. Mais en Fichte, Kant devina tout de suite un autre homme. Fichte vint à Kœnigsberg en 1791 « pour mettre au service de Kant son juvénile enthousiasme et sa ferme raison... Fichte, désolé de l'accueil glacial qu'il a trouvé chez lui, s'avise d'un moyen héroïque pour conquérir par force son attention et sa sympathie. . . Il écrit un gros traité de philosophie, la Critique de toute révélation,... puis il l'envoie à Kant, qui ne prend même pas la peine de le lire. Désespéré, Fichte le supplie de lui prêter au moins l'argent dont il a besoin pour payer son auberge : Kant, pour toute réponse, lui promet de le recommander à un éditeur. Rien de tout cela n'entame la fidèle affection du jeune homme. Plus tard, désavoué par Kant, traité par lui avec une indifférence dédaigneuse, il continue à le proclamer son maître*. » ^

i5. LA SOUMISSION DANS LA VIE ET DANS L'ŒUVRE DE KANT

Un professeur de philosophie, si célèbre fût-il, pouvait jouir d'une grande considération dans la petite ville de Kœnigsberg, mais n'y exerçait aucun pouvoir. Kant se contentait de régner facilement sur le troupeau banal de ses courtisans et de ses admirateurs. Nous voyons toutefois suffisamment qu'il était bien résolu à ne souffrir aucune opposition et aucune gêne dans le cours mécanique de sa vie. Mais vis-à-vis de ceux qui avaient autorité sur lui son respect et sa soumission ne connaissaient guère de bornes. C'est l'autre face de « l'indépendance » germanique, qui se courbe et tend le dos, lorsqu'elle est impuissante à commander. « Ce qui caractérise l'Allemand, dit Biedermann, c'est l'obéissance » ; et Nietzsche stigmatise leur « esprit de troupeau ». Kant n'est pas moins soumis que suffisant.

« Kant n'était rien moins qu'un révolutionnaire... S'il y eut jamais un homme qui témoignât à ses supérieurs et à tous les représentants de l'autorité le respect et l'honneur qui leur sont dûs, ce fut bien Kant », dit Jachmann'. « Il avait posé le principe absolu du respect du supérieur et de l'autorité... Il disait souvent qu'il faut être étroitement soumis à toutes les lois, à tous les statuts, à toutes les ordonnances de police, même lorsqu'on en est mécontent

i. T. de Wyzewa, loc, cit., p. 946.

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