‹ Morale Kantienne et morale humaine [microform]Chapitre 252 sur 312 · Jachmann, loc. cit., p. l'jS · texte numérisé non relu

Jachmann, loc. cit., p. l'jS

KANT ET LA MENTALITÉ PRUSSIENNE

convaincre tous ceux qui l'entendaient de l'existence de Dieu et de la Providence, mais encore transformer en croyants tous ceux d'entre eux qui étaient des incroyants^ » Ce dieu n'est pas la vague entité de la Critique de la raison pratique, dont on ne peut rien dire, si ce n'est qu'elle garantit à l'homme vertueux l'accord du devoir et du bonheur ; c'est bel et bien le dieu personnel, traditionnel, tout-puissant, créateur et ordonnateur de l'univers, la Providence qui dirige les événements dans un monde cependant radicalement mauvais, où tout est rigoureusement déterminé par une nécessité inflexible. De nombreux passages de sa correspondance confirment que telle était bien sa conviction.

Sa théorie morale ne fait que témoigner pour un observateur un peu perspicace de la préoccupation constante qu'il a eue d'assurer au protestantisme, sous une forme déguisée, l'appui de sa pensée et de prêter à Dieu, au vieux Dieu allemand, le concours de son génie. Les théories de la Critique de la raison pure ne doivent pas nous faire illusion sur ce point, tout le reste de son œuvre démontre le contraire. Kant nous la présente comme l'expression la plus parfaite de la raison humaine. Il prétend, après Platon, Aristote, Descartes, Spinoza, édifier une morale sur des bases indépendantes de la religion. Il nous dit qu'il a la passion de la raison, queTobjet de sa vie est la raison même, qu'il s'y est consacré tout entier. Or nous savons ce qu'est cette raison, et nous avons vu que la véritable innovation de sa philosophie morale a été d'opérer une confusion entre le point de vue rationnel et le point de vue religieux; nous nous sommes même demandé dans quelle mesure il avait été de bonne foi, en conduisant ses raisonnements de façon à aboutir précisément aux affirmations religieuses qu'il n'a pas cessé de vouloir restaurer, après les avoir détruites.

C'est ainsi que notre philosophe aurait témoigné de « sa défiance très attentive à l'égard de ces formes insinuantes du mensonge qui sont les illusions, les préjugés, les affirmations téméraires S). Ce jugement est vraiment surprenant! Il n'y a pas une seule philosophie morale, antérieure au kantisme, où les illusions, les préjugés, les affirmations téméraires aient joué un rôle aussi important. Il

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