‹ Morale Kantienne et morale humaine [microform]Chapitre 254 sur 312 · Plus haut, p. 214-219, et plus bas p · texte numérisé non relu

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regard du devoir : le devoir ne se justifie pas ; mais il y a beaucoup de bonnes raisons pour légitimer ce qui n'est pas un devoir. C'est là une conséquence remarquable de son système.

Le devoir de la paix n'est donc garanti par aucun principe dans le système de Kant. C'est une affirmation que les circonstances l'ont amené à faire, de môme que les circonstances l'ont conduit à proclamer l'idéal évangélique, les idées libérales françaises, en même temps que les conceptions du despotisme prussien. Elle n'est déterminée par aucune doctrine, par aucun ensemble cohérent de notions morales et politiques, ni par un sentiment profond de ce que sont la justice et la civilisation. Cela est extrêmement commode, car rien ne s'oppose à ce que l'idée contraire ne soit invoquée quand les conditions auront changé. Dans l'arsenal des devoirs a priori, universels et nécessaires, il sera toujours facile de trouver un devoir plus a priori, plus universel et plus nécessaire, qui prime celui de la paix, de même que l'obéissance à Frédéric- Guillaume 11 a primé pour Kant le devoir de sincérité, qu'il avait cependant proclamé comme le plus absolu des devoirs.

Il n'aurait pas été plus embarrassé pour justifier le Manifesle des quatre-vingt-treize, la guerre actuelle, la théorie du chiffon de papier, la violation de la Belgique et toutes les abominations que le gouvernement et les armées germaniques ont commises. Son œuvre contient à cet égard tous les distinguo nécessaires.

Kant nous a expliqué ^ en effet qu'il y a deux façons de présenter les choses : celle oii, comme savant, on fait un usage public de sa raison et celle où, comme fonctionnaire, on en fait un usage privé. En tant que savants les fonctionnaires du Manifeste, qui se sont rendu compte des causes et des circonstances de la guerre, auront plus tard le droit de nous dire ce qu'ils en pensent, lorsque la censure se sera relâchée. C'est sans doute à ce titre que le faux de Nuremberg a déjà pu être dénoncé en Bavière, lorsque l'heure est venue de se concilier quelque bienveillance. Mais en tant que fonctionnaires les savants de l'Allemagne avaient le devoir d'exposer les faits de façon à « concourir, en entrant pour leur part dans la savante harmonie du gouvernement à certaines fins publiques )).à un moment oiiilsétaientrequis, comme faisant partie de la machine,

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