I. Plus haut, p. I!\i2-^il
« de se conduire d'une façon purement passive \ » Ces devoirs opposés sont également absolus et suprêmement impératifs.
Quant à la justification même de la guerre, nous n'avons que l'embarras du choix, ta définition kantienne de l'état de droit est, en effet, purement abstraite et complètement vide, elle est subtile et son usage est des 'plus arbitraires. Comme le droit de propriété entre les personnes, l'état de droit entre les peuples est complètement indéterminé. La paix fait partie de l'état de droit, c'est entendu. Mais un peuple est autorisé à faire usage des moyens qui relèvent de l'état de nature, lorsqu'il se trouve en présence d'autres peuples qui ne sont pas parvenus à l'état de droit : « leur voisinage est déjà une lésion réciproque et pour garantir sa sûreté chacun peut et doit exiger d'eux qu'ils entrent dans la constitution civile^ ». N'est-ce pas un des motifs invoqués contre la Serbie et contre le « slavisme » ? Kant s'élève contre ce qu'il appelle la guerre (( d'extermination » et la guerre « d'esclavage », mais il déclare que « tous les moyens de défense sont permis à un Etat » « pour défendre son droit par la force quand il le croit lésé » . Or le voisinage d'un peuple dans l'état de nature est déjà une « lésion ». Kant assimile en outre à « l'attaque effective » la « menace ». Par menace, il entend « tous ces préparatifs par lesquels un Etat prend les devants et sur lesquels se fondent le droit de prévention et même le simple accroissement d'une puissance qui se rend redoutable par l'extension de son territoire » . Il assimile aussi à l'attaque « l'offense qu'un peuple a reçue d'un autre ^ ». Il y a là un grand nombre de distinctions qui permettent de faire passer pour juste une guerre quelconque.
Or, il faut bien remarquer qu'en dehors de quelques énergumènes (que leur sincérité rend peut-être moins antipathiques que les autres), c'est bien par des distinctions de cette sorte que les théoriciens allemands d'aujourd'hui ont justifié la guerre entreprise par Guillaume II. Ils se sont prétendus menacés par l'encerclement des puissances hostiles et même attaqués dans des conditions imaginaires. La dialectique de Kant leur offre d'excellents arguments et son mépris pour les faits et sa sophistique leur four-
1. Qu'est-ce que les lumières? dans Métaphysique du droit, trad. Barni, p. 288.