‹ Morale Kantienne et morale humaine [microform]Chapitre 259 sur 312 · I. Ibid., p. aa · texte numérisé non relu

I. Ibid., p. aa

KANT ET LA MENTALITÉ PRUSSIENNE

mant que ces représailles étaient le plus sacré des devoirs. Rien ne s'y oppose dans sa doctrine, bien au contraire.

Kant n'était sans doute pas cruel ; il n'était même pas à proprement parler un méchant homme. Mais il n'attribuait aucune valeur morale au sentiment de la bonté, à ce qu'il appelle dédaigneusement « la philanthropie ». Sa loi morale est, d'autre part, la plus dure et la moins humaine des lois, les droits qu'elle confère sont inexorables. Il est impitoyable pour toute atteinte à la majesté de rimpératif catégorique et il exclut toute pitié de la répression. La moindre infraction aux principes qu'il a posés est un crime et soulève son indignation et sa colère. Son moralisme est au fond, en raison du sentiment mystique qui l'anime^ un fanatisme d'autant plus dangereux qu'il se présente sous les dehors du rationalisme.

Le droit de punir n'est pas, en effet, pour Kant, comme dans les théories rationnelles, un droit de protection sociale et n'est pas

fondé sur l'intérêt de la société: « La peine ne doit pas être

décrétée comme un moyen d'arriver à un bien La loi pénale

est un Impératif catégorique et malheur à celui qui se glisse dans les sentiers tortueux de la doctrine du bonheur pour y trouver quelque avantage dont l'espérance dissipe, à ses yeux, l'idée de punition, ou seulement l'atténue*. » Kant a conservé, comme Guillaume II, ses généraux et ses pasteurs, la notion religieuse primitive de la punition. Les fautes sont, pour lui, des « offenses », les peines doivent être des « humiliations » ^.

Quant au degré du châtiment, il ne peut être déterminé que par la loi du tahon : a II n'y a que la loi du talion bien comprise qui, à la barre du tribunal, puisse déterminer la qualité et la quantité de la punition ; toutes les autres sontvacillantes, elles ne peuvent, à cause des considérations étrangères qui s'y mêlent, s'accorder avec le sentiment de la pure et stricte justice'^ » C'est ainsi que Kant comprend la morale évangélique dont il s'est proclamé le nouveau prophète ! Mais nous n'en sommes pas à une contradiction près, a Si un criminel a commis un meurtre, il faut qu'il

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