I. Ibid., p
selon une loi qui n'est pas la sienne, celle qui régit ses objets, sa matière, dont la succession obéit à la loi de causaUté ; elle est alors liétéronome, de nomos loi et de hétéros autre, entièrement soumise à la nécessité. Dans le monde des phénomènes dont nous faisons partie, il n'y a, en effet, aucune place pour la liberté, c'est ce qu'a montré la Critique de la raison pure ; tout y est lié par la nécessité rigoureuse des principes et l'homme qui s'abandonne à ses instincts, ou agit en vertu de motifs quels qu'ils soient, supérieurs ou inférieurs, s'il se croit libre, est dupe d'une illusion : ces instincts, ces motifs sont des causes et toutes les causes sont nécessaires.
Mais voici que la Critique de la raison pratique nous montre un mode d'action complètement indépendant des instincts et des motifs, qui s'inspire uniquement de l'idée d'une loi, d'une pure forme. « Une telle indépendance, nous dit Kant, s'appelle liberté*. » Ce n'est encore qu'une définition : « Je ne me demande pas ici maintenant si cette notion est identique au concept positif de la
liberté ^ »
Nous avons vu que l'entendement et la sensibilité agissent aussi suivant leurs lois propres ; l'entendement, la sensibilité sont donc autonomes par rapport aux données des sens. Mais Kant ne nous a pas dit qu'il appelait cette autonomie : liberté. Au contraire, le fonctionnement de la sensibilité et de l'entendement est essentiellement d'une stricte nécessité, car c'est précisément pour garantir la nécessité de la science, qu'il a créé cette opposition. De quel droit vient- il, à la faveur du mot autonome, appeler libre la forme selon laquelle agit la volonté dans les actes moraux ?
Quand la pensée se développe suivant ses formes propres, elle est essentiellement nécessitée; quand la volonté s'exerce selon sa forme propre elle est dite hbre. C'est une affirmation, pour le moment, purement gratuite. Kant le sent bien. Mais elle est destinée à en préparer une seconde beaucoup plus grave : si le fonctionnement de la volonté, en tant que forme, n'est pas celui de la pensée dans ses catégories, c'est qu'elle n'appartient pas au même monde que celle-ci ; nous allons être amenés ainsi à retirer, pour