I. Ibid., p
trompés. « Ils ont cherché un objet de la volonté pour en faire la matière et le fondement d'une loi, tandis qu'ils auraient dû d'abord chercher une loi, qui déterminât a priori et immédiatement la volonté et, ensuite, son objet, conformément à Ja loi^ »
C'est sa fameuse critique de la théorie classique qui cherche le souverain bien « dans le bonheur, dans la perfection, dans le sentiment moral, ou dans la volonté de Dieu\ »
Ces notions sont toutes empiriques, elles ne peuvent pas déterminer directement la volonté, mais seulement par l'assentiment et l'attrait qu'elles exercent; or un assentiment, un attrait, appartiennent au monde de l'hétéronomie, au monde sensible, ils ne peuvent commander directement à la volonté. « Ordonnera chacun de se rendre heureux serait une chose insensée, car on ne commande jamais à quelqu'un ce vers quoi de lui-même il tendra inévitablement. On ne peut que lui présenter le moyen de l'être*. » Cela est très juste. Ces concepts de bien et de mal ne peuvent fournir qu'un impératif hypothétique : si tu veux être heureux, si tu veux tendre vers la perfection, si tu veux réahser toute la notion d^humanité qui est en toi, agis de telle façon. Sans doute, une fois admise la notion de bien, il faut un impératif pour réagir contre nos tendances vers le mal, mais c'est un impératif hypothétique, qui ne commande pas a priori.
Quant à l'adhésion même au bien, qui est la condition de cet impératif, elle n'est pas elle-même et ne peut pas être un impératif catégorique, car adhérer au bien, c'est en être convaincu, ou l'aimer, ou l'un et l'autre à la fois.
Or on n'est convaincu que par des raisons, et ces raisons, d'où les tirer? Nécessairement de l'expérience ou de l'intuition. Mais l'expérience est incertaine, elle aboutit à des conclusions souvent opposées suivant les temps, les lieux, les tempéraments; l'expéncnce ne peut fournir aucune loi nécessaire pour la volonté, pas plus qu'elle ne peut fournir de loi nécessaire pour la pensée. Quant à l'intuition, la Critique de la raison pure a étabU son împossibihté.
Aimer le bien, c'est se laisser gouverner par un sentiment; or