L'IMMORTALITÉ DE L ÂME ET L'EXISTENCE DE DIEU
Il y arrive dans la dialectique de la raison pratique, en rapprochant l'une de l'autre la démarche de la pensée théorique et celle ^ de la raison pratique. La raison théorique nous enseigne les principes de la vie sensible, qui ne contient à aucun degré un principe demorahté; la raison pratique nous apprend la loi formelle, en laquelle réside exclusivement toute moralité ; la notion de la croyance-rationnelle en la liberté a épuisé (et même dépassé) tout le contenu de la raison pratique. La synthèse de ces deux progrès de la réflexion, qui unifie les principes de la vie sensible et de la morale, est fourme par un concept que nous avons déjà rencontré : celui du souverain bien. C'est lui qui va permettre à Kant d'étendre plus loin le champ de la raison pratique.
Le souverain bien est, en effet, pour lui deux choses. D'une part c'est la vertu parfaite; ce serait la vertu d'un être qui, n'étant pas soumis au monde sensible, à l'enchaînement de ses sentiments et de ses inclinations, la réaliserait toujours, sans qu'il y ait rien en lui qui puisse jamais s'y opposer; c'est ce que Kant appelle la saintetés D'autre part, l'idée de souverain bien est inséparable,
comme l'ont vu tous les philosophes, de celle de bonheur, de félicité. C'est la réunion de la sainteté et de la félicité, qui constitue pour Kant la définition du souverain bien.
Mais comment concevoir Tunion de ces deux éléments, dont le premier, la sainteté, est complètement étranger au monde sensible et le second, le bonheur, lui appartient tout entier.^ C'est une autre forme de la difficulté que j'ai signalée et dont Kant est condamné à ne pas pouvoir sortir. Voici comment il raisonne.
Cette union ne peut pas être un rapport analytique de contenu à contenant, puisque les deux éléments appartiennent à deux mondes séparés. Ainsi sont écartés l'Epicurisme, d'après lequel le bonheur contient la vertu même, et le Stoïcisme, d'après lequel la vertu implique le bonheur.
Serait-elle réalisée par un jugement synthétique établissant entre le bonheur et la vertu un rapport comme celui de causalité, un rapport entre deux termes, qui, sans s'impliquer l'un l'autre, sont liés par une relation analogue à celle de cause à effet? Nous tombons alors dans une antinomie : d'une part le bonheur et la vertu sont conçus comme nécessairement unis, d'autre part cette union est impossible. Et Kant met cette antinomie de la raison pratique en parallèle avec les quatre fameuses antinomies de la raison théorique.
La proposition : « le bonheur est la cause de la vertu » est, en effet, « absolument impossible ^ », car, on l'a vu, l'acte moral doit être accompli sans aucun autre motif que sa conformité à la loi morale, à l'exclusion absolue de toute considération de bonheur. L'autre proposition : la vertu peut être la cause du bonheur « est aussi impossible, parce que l'enchaînement des causes et des effets... ne se règle pas d'après les intuitions morales de la volonté... et qu'aucune connexion n'existe dans le monde entre le bonheur et la vertu \.. »
Cette antinomie est analogue à celle que Kant a rencontrée entre la liberté, que postule la loi morale, et la nécessité, qui règne sans partage dans le monde sensible.
Or Kant a mis fin à ce conflit en admettant que le sujet agit selon la nécessité mécanique, en tant qu'il est engagé dans le