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maintenant quelques passages, où il nous parle du devoir de travailler à réaliser le « souverain bien .., conçu, dune part, comme conformité absolue et constante à la loi et, d'autre part, comme un accord entre la loi et le bonheur.
Il semble, de prime abord, que la vertu, étant la conformUe de la volonté à la loi du devoir, on puisse tendre à reahser autant qu'il est possible cette conformité, conformité toujours imparfaite chez l'homme, mais dont la sainteté est la limite; .1 semble donc possible de concevoir que ce soit un devoir de tendre vers cette limite, quoiqu'il soit impossible de l'atteindre complètement
en celte vie. i • * i
Mais, quand on y réfléchit, cette conception n est pas plus mtclli.iblc que les précédentes. La sainteté est, en effet, par définition, un état où les inclinations et les sentiments ne s'opposent plus du tout à la loi du devoir, où ils n'agissent plus en sens inverse de celle-ci, mais concordent tous avec elle. Or ils appartiennent au monde des phénomènes, rigoureusement déterminés par la nécessité; nous ne pouvons donc, pour opérer ce rapprochement, si in,parfait soit-il, auquel nous devons tendre, agir en aucune façon sur eux. Il ne resterait donc qu'une voie ouverte ce serait dagir sur la foi morale de façon à l'infléchir vers ces inclinations. Mais alors que devient la rigueur de cette loi, si nous pouvons la fléchir pour la conformera nos désirs? Kant n'a certainement pas pu l'admettre. On conçoit donc bien qu'il puisse exister un état ou la conformité existe, mais il est impossible, sans contradiction, que la volonté v tende si peu que ce soit.
La contr;diction est encore plus évidente dans la seconde partie de la proposition : le devoir aurait pour objet de tendre vers un accord entre la foi morale et le bonheur. .
Car, d'une pari, le bonheur ne dépend pas de nous, puisqu .1 appartient au monde des phénomènes et, d'autre part, Kant n a pas cessé de nous répéter que toute action, inspirée s, peu que ce soit par le désir du bonheur, est radicalement en dehors de k morahlé, qu'elle est même dangereuse pour la moralité. Il faudrait donc à la fois tendre vers le bonheur pour réaliser e souverain hien et n'y pas tendre pour ne pas altérer la pureté de la loi. Un conçoit donc encore qu'il existe un état, où Dieu modifie le monde sensible, de telle façon que la satisfaction de nos inclinations coin-
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cide plus ou moins avec notre devoir ; mais il est impossible d'imaginer que l'homme puisse tendre vers cet état, si peu que ce soit, et qu'il ait le devoir de s'y efforcer. La contradiction est la même que précédemment.
Kant a défini le bien comme l'accord de la volonté et de la loi voilà son point de départ ; il semble demander maintenant que la fol ultime soit définie par l'accord de la vofonté avec le bien. Les deux conceptfons de la morale, la sienne propre et celle de la tradition, qu'il avait d'abord opposées si énergiquement, voici maintenant qu'il semble vouloir les confondre. C'est impossible. Si la foi procède du bien, le bien ne peut pas procéder de la loi, et réciproquement. '
Kant aurait-il été plus foin, aurait-il abouti à renverser complètement dans sa dialectique tout ce qu'il avait si péniblement édifié dans les Fondements de la métaphysique des mœurs et dans Vanaly tique de la raison pratique^ Cela n'est pas vraisemblable. Sa pensée est d'ailleurs extrêmement flottante forsqu'il parle, dans ses dernières pages, du souverain bien. Il dit d'abord' que « prendre le souverain bien comme objet de la volonté pour travailler de toutes ses forces à le réaliser est un devoir « et que, par suite, « on est oblt;,é de supposer la possibilité de cet objet ». Mais, deux pages plus loin, il affirme qu'une « croyance qui est commandée est un non-sens ,,. Enfin il suggère que cette croyance est seulement « unie au point de vue moral », « avantageuse pour la moralité^ ». On voit quel embarras a été pour Kant l'introductfon dans son système du souverain bien et des deux postulats de l'immortalité de l'Ame et de l'existence de Dieu, qui en sont les conséquences. Ils contredisent franchement tout ce qui précède. Rien ne sert de dire, avec M. Boutroux', que le souverain bien n'est pas l'objet propre de la raison pratique, ni celui de la raison théorique, prise chacune isolément, mais celui de la synthèse de ces deux raisons, dans une raison qui les comprendrait à la fois l'une et l'autre. C'est bien, semble-t-il, le point de départ de Kant dans cette partie de sa démonstration. Mais sa conception n'en est pas ainsi plus