I. Ibid.f p. i53 et suiv
nelle des vertus. C'est que l'évangélisme lui fournit ici tous ses cadres, mais les cadres seulement, car le sentiment évangélique lui-même fait complètement défaut dans la morale de Kant : la charité, comme sentiment, est encore moins un devoir que ne Test la justice. Nous verrons, en effet, que certaines formes extérieures de la justice sont admises par Kant comme des devoirs de droit, c'est-à-dire qu'elles doivent être conformes à la loi, sans qu'il soit nécessaire que l'intention y corresponde ; mais Tamour du prochain, comme l'amour de Dieu, sont rigoureusement exclus du svstème.
Le rationalisme et le piétisme de Kant se sont ici fait tort mutuellement : le rationalisme, dans le sens où il le pratique, lui a fait éliminer la chanté, en tant que sentiment, vertu éminemment évangélique; le piétisme lui a fait écarter la justice, vertu plus particulièrement rationnelle. Ce dualisme, c'est, nous l'avons vu, le principe même de toute son œuvre; sans lui elle n'existerait pas, elle se confondrait avec quelqu'une des [)hilosophies et morales antérieures ; il est en même temps le vice caché, qui la mine toute entière.
Mais pénétrons maintenant avec Kant à l'intérieur de son édifice de la vertu, en étudiant sa détermination des devoirs particuliers.