‹ Morale Kantienne et morale humaine [microform]Chapitre 71 sur 312 · LE SUICIDE · texte numérisé non relu

LE SUICIDE

La généralisation de la maxime du suicide est la suivante : tout homme dont la vie, en se prolongeant, le menace de plus de maux qu'elle ne lui procure de joies, est en droit de l'abréger. En faisant celte généralisation « je m'aperçois bien vite, dit Kant dans les Fondements de la métaphysique des mœurs-, qu'une nature dont la loi serait de détruire la vie, en vertu de ce même sentiment dont l'objet est précisément de nous exciter à la conserver, se contredirait elle-même et par suite n'existerait pas comme nature ». Nous nous tuons, dit il en substance, parce que nous ne pouvons pas supporter la vie, c'est-à-dire en vertu du sentiment qui nous porte à vivre, ce qui est absurde.

Ce qui est absurde, c'est bien le raisonnement de Kant I Nous aimons la vie, c'est un premier fait; nous souffrons à tel pomt que nous voulons l'abréger, c'en est un second. Nous aimons donc et nous condamnons à la fois la vie. Oui, mais il n'y a là aucune contradiction, car ce n'est pas au même point de vue que nous faimons et que nous la condamnons ; nous l'aimons pour ses joies, pour sa beauté, nous la condamnons pour ses maux. Pour qu'un jugement soit contradictoire, il faut qu'il affirme deux choses contraires au même point de vue ; c'était déjà une règle élémentaire de la logique aristotélicienne. Que la vie soit à la fois bonne et mauvaise, c'est ce que personne ne nie ; mais le concept de vie n'en est pas pour cela contradictoire, non plus que la vie elle-même, et Kant le sait mieux-que tout autre, lui qui considère la nature humaine à la fois comme radicalement mauvaise et comme empreinte d'une sublime dignité.

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