Ibid., p
LA MORALE PRATIQUE DE KANT. MÉTAPHYSIQUE DU DROIT 16r>
pour tous de disposer librement de soi dans la limite où chacun peut en disposer^ de même. C'est une détermination de la loi générale qui n'en dérive pas d'une façon nécessaire. La forme de loi générale n'est jamais, en effet, qu'une forme, toute loi générale peut aussi bien convenir; pour la déterminer, il faut recourir à quelque principe qui lui est étranger. Où trouver dans l'œuvre de Kant ce principe de la liberté « phénoménale » et de l'égalité civile ?
On pourrait être tenté de le chercher dans l'idée de dignité humaine, telle qu elle est exprimée dans la seconde forme du principe général : « Agis de telle sorte de traiter toujours en toi et dans les autres l'humanité comme une fin et non comme un moyen. ».
Mais j'ai déjà fait remarquer* que c'est par une extension abusive qu'on en tire l'idée de la valeur de la personne humaine. Elle n'y est aucunement contenue, bien au contraire. Il n'y est en effet pas question de personne, mais (^humanité et nous savons ce que Kant entend par humanité : la loi unique, a priori, universelle et nécessaire, qui seule régit la volonté moralement bonne et détermine seule toute moralité. Rien de plus éloigné de l'idée de personnalité que ce principe abstrait; il n'en contient ni les éléments généraux, ni les caractères particuHers. Les éléments généraux de toute personne humaine, tendances, idées, sentiments ne font pas partie pour Kant de Vhumanité, il nous l'a dit formellement ; ils n appartiennent qu'à l'animalité, dans le monde sensible, où tout est enchaîné rigoureusement, le monde des phénomènes. Quant aux caractères particuliers, concrets de la personne, ce mélange de qualités et ce pouvoir d'invention qui distinguent un individu d un autre et lui confèrent son originalité, au point de vue moral comme aux points de vue intellectuel, esthétique et volontaire, ils n ont et ne peuvent avoir aucune place dans la morale et dans la logique kantiennes. L'individu, en tant que tel, est sans valeur morale aucune dans son système ; car c'est la loi et la loi seule, la forme de la loi, qui absorbe toute la valeur morale, c'est elle seule qui importe moralement. 11 n'y a pas de théorie où l'individu ait moralement moins de place. Le kantisme est le triomphe de la géné-