‹ Morale Kantienne et morale humaine [microform]Chapitre 9 sur 312 · I. Voir plus bas, p · texte numérisé non relu

I. Voir plus bas, p

l'ordre de la vitesse des planètes, qui ne dépasse pas 100 kilomètres par seconde ; une nouvelle mécanique fondée sur des principes différents est nécessaire pour expliquer les mouvements de particules matérielles, comme ceux des rayons cathodiques, atteignant jusqu'à 100000 et 200000 kilomètres à la seconde.

On peut aller encore plus loin, tout au moins au point de vue spéculatif. La mécanique classique suppose que la simultanéité dans le temps de deux événements est indépendante de leur coïncidence dans l'espace, en d'autres termes que la loi des variations du temps est indépendante de celle des distances dans l'espace, toutes les autres conditions restant invariables. Certaines expériences très délicates, qui ont été faites sur l'émission de signaux lumineux en des points différents de la terre, sont incompatibles jusqu'ici avec les théories de la mécanique classique et deviennent explicables si Ton admet que l'intervalle dans le temps des deux événements n'est pas la même pour deux observateurs en mouvement l'un par rapport à l'autre dans l'espace et si l'on relie par une équation, au lieu de les laisser varier indépendamment l'un de l'autre, le temps qui s'écoule entre deux événements et la distance qui les sépare. 11 en résulterait en outre une modification dans la notion même de cause \

Il est fort possible et même probable qu'on n'en sera pas réduit à cette extrémité, et qu'une modification moins profonde dans les concepts de la mécanique permettra de rendre compte de l'expérience rebelle. Mais il apparaît ainsi en tous cas d'une façon certaine (et c'est ce qui nous importe seulement ici) que les postulats, qui sont à la base de la mécanique rationnelle et les concepts premiers sur lesquels cette mécanique repose ne sont pas des lois nécessaires et a priori de l'esprit, mais bien des points de vue qui se sont fixés par l'habitude et par leur plus grande simplicité à expliquer les premières données des sens. Ces données, enrichies par l'expérimentation et par l'usage d'appareils de plus en plus délicats, sont devenues beaucoup plus complexes que celles de l'expérience commune; nous pénétrons ainsi plus avant dans la realité, mais au prix de changements dans nos systèmes de

I. Théorie de Minkowsky, qui a été exposée très clairement par P. Langevin, Scientia, 191 1, et Bulletin de la société de philosophie, 191a.

concepts mécaniques. Il se pourrait même que l'une des géométries non euclidiennes nous fournît un instrument plus subtil et plus efficace de pénétration dans cette réalité.

L'expérience a donc même dans les sciences les plus exacte» une importance infiniment plus considérable que ne le soupçonnait Kant, séduit qu'il était par une théorie qui lui paraissait nécessaire et absolue. C'est en fin de compte l'expérience, et l'expérience seule, qui décide de la validité d'une théorie et c'est par les difficultés que l'expérimentation suscite aux théories que les théories se modifient et se complètent sans cesse.

Il est inutile d'insister sur le rôle de l'expérience dans les sciences d'observation. La certitude qu'on y trouve ne diffère de la certitude des sciences exactes que par le degré. C'est un point de vue auquel notre métaphysicien n'a pas voulu ou n'a pas su se placer. Nous verrons' que ces sciences lui sont restées ferpiées, plus encore que les sciences rationnelles, et qu'il ne s'est fait en réalité aucune idée précise de ce que sont les faits et les méthodes scientifiques.

Ce divorce qu'il a inauguré entre la méthode des sciences et celle de la philosophie est caractéristique de son système. Il a été engendré par l'excès d'un rationalisme qu'il s'était mal assimilé et dont il n'avait pas bien compris la portée.

2» C'est aux besoins profonds et aux habitudes d'esprit que le pictisme luthérien a engendré dans l'esprit de Kant, qu'est imputable son dualisme radical de la connaissance et de l'expérience. Cette attitude n'est pas moins tenable. Elle est responsable de l'incapacité du kantisme à expliquer le fait essentiel de la science newtonienne, comme de toute science en général : l'accord de la pensée avec l'expérience.

La science est, en effet, avant tout, l'art de prévoir et de prévoir avec certitude. Pourquoi les choses viennent-elles se ranger précisément dans l'ordre de l'enchaînement rigoureux de nos pensées ? Voilà ce qu'il faut montrer. Kant a beau dire qu'elles tombent, comme dans un filet, dans cet enchaînement lui-même; il maintient l'existence, indépendante de l'esprit, des impressions premières des sens, afin de ne pas être entaché d'idéalisme pur. Comment pouvons-nous alors prévoir qu'une impression des sens

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