‹ Morale [microform]Chapitre 102 sur 284 · XII. — B. 4. LE DÉVOUEMENT · texte numérisé non relu

XII. — B. 4. LE DÉVOUEMENT

dans celui de la pensée à la personnalité et enfin dans le rapport du contenu de la pensée h sa valeur objective.

Il faut que le mot corresponde à l'idée, si d'une manière générale on veut exprimer sa pensée par des paroles. Gela exclut qu'on pense une chose et qu'on en dise une autre. La difficulté ici, comme il arrive si souvent en morale, vient de la circonspection que peut exiger la pédagogie. Il se peut qu'une parole exprimant complètement la pensée n'amène pas une compréhension aussi entière et aussi originale que le ferait un langage allégorique ou une contradiction ironique. Mais ce souci pédagogique provient justement de l'amour de la vérité. La seule chose contraire à cet amour c'est de se livrer constamment, dans l'emploi des mots, à des adaptations et à des transformations de sens ne pouvant vouloir dire quelque chose qu'à la condition de mettre derrière des idées toutes différentes de celles qu'on a réellement. Les domaines religieux, politique et social oiîrent une foule d'occasions de manifester cette sorte d'amour de la vérité, laquelle n'est en somme qu'une forme de la loyauté, par opposition aux compromissions déloyales de toute espèce.

Un autre rapport de nature encore plus profonde est celui de la pensée h la personnalité. La question est ici de savoir si la pensée est vraiment la chose personnelle de l'individu. Vérité veut dire ici la vérilé personnelle, l'accord de la pensée avec la personnalité, provenant de l'assentiment vif que la pensée rencontre au centre de la personne ; cet assentiment est luimême un fruit de l'activité spontanée, et non d'une réceptivité passive et aveugle. Paul Môller (dans ses fragments sur l'affectation) va même jusqu'à dire : « Aucune manifestation de la vie ne possède de vérité sans contenir une spontanéité créatrice ». Pour lui l'affectation consiste à accepter des idées sans en faire sa chose ou plutôt son œuvre personnelle. Mais l'affectation disparaît lorsque l'assentiment a lieu spontanément, quand même la spontanéité ne serait pas proprement « créatrice ». De plus, il doit évidemment y avoir souvent des époques de transition, où les idées nouvelles (qu'elles soient produites par d'autres ou par la personne elle-même) ne sont pas encore devenues une propriété personnelle de l'individu, et il serait injuste de qualifier d'aff"ectation l'état où l'on se trouve durant ces époques de fermentation et de recherche. Soren Kierkegaard

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