XII. — B. 6. LE DÉVOUEMENT
ce que l'on se rend compte des dures conditions dans lesquelles elle est connue. Celui qui raisonne ainsi : « il ne saurait y avoir qu'une seule vérité ; si je souffre que d'autres pensent et enseignent des choses contraires à mes convictions, j'avoue que ce que je crois n'est peut-être pas vrai », relui-là finira par devenir un persécuteur. C'est la raison pour laquelle l'ancienne Eglise ne tarda pas «a persécuter les hérétiques». On peut très bien être pleinement convaincu d'une vérité et comprendre néanmoins pourquoi les autres ne l'acceptent pas. Et si l'on ne se rend pas compte de la raison pour laquelle les autres ne l'acceptent pas, on sera incapable de trouver la bonne manière de les convaincre. En recherchant cette raison, on finira par tomber hors du domaine de la pensée. On trouvera alors qu'il y a des sentiments capables d'empêcher le développement de la connaissance claire, mais qu'il y en a aussi pouvant, dans une certaine mesure, subsister indépendants du développement de la connaissance. Les plus considérables parmi les sentiments, l'amour de l'humanité, la conscience morale, etc., ,^c concilient justement avec les idées théoriques ou religieuses les plus dissemblables. Ce que le libre penseur regarde comme un dogme dépourvu de sens est pour le croyant une idée indispensable l'expression d'un besoin affectif que le libre penseur sérieux connaît peut-être également h sa manière, bien qu'il se manifeste chez lui sous une autre forme. En cherchant derrière la connaissance la vie affective qui s'y trouve, on découvrira l'élément commun et on préparera la voie à une sympathie qui précédemment pouvait sembler impossible. Si la tolérance est quelque chose de plus qu'une passivité indifférente, elle s'appuie sur la croyance qu'il y a chez tous un même noyau humain, croyance identique à l'amour.
' Voit- déjà la seconde lettre de saint Jean, 10-11 : « Si quelqu'un vient u vous e n apporte pas cette doctrine, ne le recevez pas dans votre maison, et ne le saluez pas, car celui qui le salue, participe à ses mauvaises œuvres ». - Au ii« siècle, les chrétiens oithodoves n'avaient pas le droit de parler aux excommuniés ni aux hérétiques. (Lecky : nistoru of huropean Marais, I, p. 451). - Saint Grégoire de Nazianze (iv» siècle) déclarait qu on ne pouvait donner aux hérétiques le droit de s'assembler sans reconnaître la vérité de leur doctrine (B.VRiiEYR.^c : Traité de la Morale des Pères de l tghse p. 170). - Au xyii» siècle beaucoup d'ardents Luthériens avaient une telle horreur des Réformés qu'ils refusaient de s'asseoir a la même table ou d'habiter sous le même toit qu'eux (Gass : Die Lehre vom Gewissen, p. 16i).