‹ Morale [microform]Chapitre 108 sur 284 · XIV. — 2. L'IMPORTANCE MORALE DE LA FAMILLE · texte numérisé non relu

XIV. — 2. L'IMPORTANCE MORALE DE LA FAMILLE

2. Pour ce qui est des autres sociétés, l'homme n'y participe que par une fraction de son être; mais dans la famille il peut trouver des aliments pour toutes les parties de sa nature. C'est la seulement qu'il vit vraiment comme homme complet : les instincts les plus primitifs et les sentiments les plus idéaux y trouvent leur satisfaction. La communauté de la vie s'étend, ou du moins peut s'étendre du domaine des instincts purement naturels, sous l'action desquels l'homme paraît souvent n'être qu'un simple moyen du vouloir vivre de l'espèce, jusqu'à tous les domaines de la vie matérielle et mentale. Tous les intérêts peuvent trouver dans la famille leur premier développement : la famille est un petit monde qui met toutes les forces en œuvre. De là vient que, plus qu'aucune autre société, la famille allie ou peut allier V indépendance des personnes à leur étroite liaison. C'est justement parce que la famille n'est pas une société spéciale, mais une association générale pour vivre, que l'originalité des membres particuliers peut s'y mouvoir le plus à l'aise et rencontrer pourtant l'intelligence et la sympathie. Dans les autres sociétés, l'indépendance et l'originalité profondes sont obligées plus ou moins de se cacher, ou de tenir les autres à l'écart. Dans la famille, à cause de la complète communauté de vie, même les qualités les plus étonnantes et les plus paradoxales peuvent trouver de la sympathie, parce qu'on les saisit et les comprend dans leur liaison avec le naturel entier de l'individu. Rien n'est étranger. Aussi aucune autre relation ne présentet-elle une quiétude et une force comparables à celle-là.

Non seulement on vit dans la famille avec une conscience complète, mais il s'y manifeste encore incessamment une foule d'influences inconscientes ou à demi-conscientes. Dans les autres relations sociales, l'observation et la réflexion, la résolution et l'action conscientes jouent un rôle beaucoup plus considérable. A chaque instant, l'attention s'y doit tendre et la personne prendre de soi une connaissance réfléchie. Mais dans la famille la spontanéité et l'irréflexion dominent à un degré bien plus élevé. Par des influences, des souvenirs et des dispositions affectives innombrables, le sentiment du foyer peut croître jusqu'à une telle hauteur qu'il se traduise en vive émotion, lorsqu'il y est porté atteinte. Des sentiments qui se rattachent au foyer et à la famille, plus encore que des autres, il est vrai de dire qu'ils se nourrissent et s'augmentent par une foule de petits

Page 1