XVI. — 6. LA MONOGAMIE LIBRE
flottant dans les nuages : tout mariage heureux et sérieux en présente une approximation. Elle remplit au mieux le but de la famille, d'abord en procurant à ses membres une complète satisfaction, ensuite en étant un foyer de sympathie et la meilleure école pour la nouvelle génération. Aussi importe-t-il beaucoup de la protéger et de la développer.
Quoique la monogamie libre, en tant qu'elle existe réellement, soit un des résultats les plus précieux de l'évolution historique, nous trouvons cependant partout à coté d'elle les formes inférieurs de liaison sexuelle, même les plus inférieures de toutes, en pleine floraison. Malgré la reconnaissance officielle de la monogamie libre, l'hétairisme, les liaisons lâches et passagères, n'ont pas disparu.
Il serait contraire à l'histoire d'admettre que la monogamie libre n'est pas seulement la forme idéale, mais aussi la forme primitive du mariage, rhétairisme et les liaisons passagères n'en étant que des formes dérivées et corrompues. Ce serait non seulement se mettre en contradiction avec la sociologie, mais s'exposer à des embarras inutiles pour expliquer la possibilité de cet abaissement, et se condamner à un pessimisme impuissant en face de la réalité. Au contraire, si la monogamie libre s'est développée historiquement, nous n'avons qu'à continuer dans la même voie, à conserver ce que la nature a commencé et à le développer. L'hétairisme et les liaisons passagères indiquent alors simplement que la nature humaine ne s'est pas encore pleinement accommodée aux formes supérieures de la vie sociale, qu'elle renferme encore trop d'éléments animaux pour pouvoir réaliser la forme véritablement humaine de la vie sexuelle. On verra toujours ici que les deux tendances à l'humanisation et à l'émancipation (XIII, 3) se tiennent étroitement. Plus la vie sexuelle a un caractère brutal et inférieur, plus aussi elle est en retard sous le rapport de l'affranchissement des personnes. Seuls des individus n'ayant pas encore atteint leur majorité intellectuelle se laissent traiter en simples moyens de satisfaire les désirs des autres.
Cette évolution inachevée est cause d'un grand nombre de souffrances et de malheurs. Il se produit souvent ici une lutte désespérée entre les diverses tendances de la nature humaine ; et cette lutte n'est pas près de finir. L'évolution dans le domaine moral avance lentement, surtout quand il s'agit de soumettre
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