XIX. — 3. LA SITUATION MORALE DE LA FEMME
dépens des autres faculte's. A cela tient que les femmes sont plus facilement influencées que les hommes par le culte religieux. « Nous lisons que chez les Grecs les femmes étaient plus susceptibles d'enthousiasme religieux que les hommes. Sir Rulherford Alcock nous raconte des Japonais qu'il est très rare de voir dans leurs temples une assemblée composée autrement que de femmes et d'enfants ; les hommes en tout cas ne sont qu'en petit nombre et appartiennent aux classes inférieures. On rapporte que les pèlerins de Jaggernat comprennent au moins cinq sixièmes, et souvent neuf dixièmes de femmes. Et l'on dit des Sikhs que leurs femmes croient à un plus grand nombre de dieux que les hommes ^ » C'est un fait bien connu que non seulement en Asie, mais encore en Europe, les églises ont dans les femmes leurs fidèles les plus zélés et leurs meilleurs soutiens. Même le « culte de la Raison », établi pendant la Révolution française, avait ses plus zélés partisans parmi les femmes, qui continuèrent à y prendre part alors que les hommes avaient commencé à s'en retirer. Un témoin oculaire rapporte qu'autrefois on voyait plus de femmes que d'hommes dans les églises et que la même chose avait lieu dans les temples de la Raison -. Taixe-^ croyait pouvoir dire que dans la France d'aujourd'hui, tandis qu'à Paris 1 homme seulement sur oO, et en province 1 homme sur 12 faisait ses Pâques, la proportion des fen)mes dans le même cas était à Paris de 1 sur 12, et en province de 1 sur 4. En admettant même que ce soit un effet de la nature particulière de la femme, il ne s'ensuit pas que cette nature particulière doive nécessairement se manifester toujours de la même façon ; on n'en saurait conclure que la femme a toujours besoin de croire à une autorité. Edouard de Hartmann'* pense qu'une femme doit ou bien avoir une foi fondée sur l'autorité,
* Spencer: The stiult/ of sociolof/y . Chui). Iti. Bachofex {Das Mullerreclil . Stuttgart, 1861, p. xiii-xviii) insiste très fort sur ce trait de la nature féminine comme essentiel pour expliquer la domination de la femme qui a existé suivant lui à une certaine étape de l'histoire de la civilisation.
* A. ScHMiDT : Pariser Zustdnde wàhrend der Revolutionszeit. III. léna, 1876, p. 231).
•^' Le Régime moderne, II, Paris, 1894, p. 148.
* Die Phânoïfienologie des siltlichen Bewusslseins, p. 521 sqq. Rousseau déjà disait que la femme a d'abord la religion de sa mère et ensuite celle de son mari, ce qu'il trouvait dans l'ordre (Cf. J.-J. Rousseau und seine Philosophie, 2* éd., p. 149).