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XIX. — 6. LA SITUATION MORALE DE LA FEMME

scène se heurta, même dans une question aussi grande et aussi belle, à une résistance exaspérée, qui atteignit son comble au grand meeting antiesclavagiste de Londr.es (1840). On voulut en effet en interdire l'accès aux représentantes envoyées par l'Amérique, sous prétexte que ces manifestations féminines « étaient contraires aux mœurs du pays et à loi divine » K C'est seulement alors que commença l'agitation en faveur de l'affranchissement de la femme, h laquelle prirent part tant de femmes éminentes.

6. Si la femme a lapossibilité aussi bien que le droit et le devoir de collaborer aux tâches humaines générales et de se former sa personnalité d'une manière indépendante, on ne saurait lui refuser le droit de vote politique. Elle peut posséder aussi bien que la plupart des hommes les conditions internes requises à cet effet, et elle n'a pas un intérêt moins considérable que rhomme à ce que les affaires publiques soient bien gérées. Par la force des choses, elle ne peut acquérir l'exercice et l'expérience qui lui manquent que par la participation pratique h la vie publique. Déjà maintenant, elle exerce sous le rapport politique une grande influence, mais comme elle est tenue à l'écart de l'expérience pratique, cette influence est bornée et déterminée par des vues trop étroites. De plus, elle n'a pas le sentiment de responsabilité que donnent le droit et le devoir de voter. Si on lui accorde ce droit, les hommes seront forcés de rendre un compte plus sérieux de leur vote, et ils ne pourront plus se contenter si facilement de leur conviction K En admettant que l'homme et la femme votent pour des partis différents, le mal ne serait pas plus grand qu'il peut déjà l'être aujourd'hui quand la femme a des convictions politiques autres que celles de son mari. En l'invitant davantage à penser par elle-même, les droits politiques l'affranchiront aussi de l'autorité des prêtres et des confesseurs, en sorte que le droit de suffrage des femmes

n'amènera pas indéfiniment au clergé plus de voix que celles dont il dispose déjà. — Dans les pays où la femme a déjà reçu ce droit (comme dans quelques districts de l'Amérique du Nord) il semble avoir exercé une heureuse influence sur la vie publique, sans entraîner les inconvénients redoutés.

* llistory of women suffrage. I, p. o5.

* Stuart Mill : Essai sur le gouvernement représentatif. — Herbeut Spencer craint que le droit de suffrage de la femme, à cause de son respect pour toute autorité et de son penchant à mettre la philanthropie audessus de la justice, n'ait des conséquences fâcheuses. Il croit cependant que cela tient aux conditions de notre époque de transition, et que le temps viendra où le droit de suffrage des femmes pourra ûtre utile [Vrinc, ofKth.. IV, §10i).

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