‹ Morale [microform]Chapitre 137 sur 284 · PARENTS ET ENFANTS · texte numérisé non relu

PARENTS ET ENFANTS

DONNÉES SOCIOLOGIQUES

1. Pouvoir illimité des parents aux premières étapes de la culture. — 2. Motifs qui ont amené la reconnaissance des droits de l'enlant.

1 . Quoique Tamoiir maternel se manifeste même aux degrés les plus inférieurs de l'existence humaine, et qu'à prendre les choses dans leur ensemble, nous rencontrions aussi l'amour des parents pour leurs enfants comme un trait fréquent chez les sauvages, on peut dire pourtant que la manière de traiter les enfants et la condition qui leur est faite constituent, aussi bien que la situation faite à la femme, un critérium de l'avancement moral du genre humain. Aux étapes inférieures de la culture, l'enfant est entièrement à la discrétion des parents. Le père a sur lui droit de vie et de mort : il peut le vendre ou le tuer sans avoir de compte à rendre à personne. Le traitement des enfants dépendra beaucoup des conditions extérieures au milieu desquelles vit la famille ou la tribu. Si nous rencontrons la coutume d'exposer les enfants, surtout les enfants difformes, les jumeaux et les petites filles S chez presque tous les peuples sauvages et barbares, voire même chez quelques peuples civilisés sous d'autres rapports, la cause primitive de cette coutume a été l'impérieuse nécessité. Une horde nomade de sauvages, perpétuellement exposée à la faim ou à des attaques, se débarrasse par instinct de conservation des enfants, des malades et

' Il semble donc qu'on ait pensé très tôt qu'un trop grand nombre de femmes était un « mal social ».

des vieillards, qui empêchent la marche rapide ou epmsent les provisions. Chez les sauvages et les barbares, les infanticides sont surtout imputables aux frères ou aux hommes, qui décident au nom de la famille ou de la horde du sort des nouveau-nes. Dans tous les cas - que l'auteur du meurtre soit le père ou la mère — c'est en général la considération de l'intérêt de la tribu qui est le principal motif de l'infanticide, comme d'ailleurs au^si du meurtre des filles. « Partout où l'infanticide se pratique la lutte pour l'existence devient d'autant moins rigoureuse', et tous les membres de la tribu ont une chance également bonne d'élever quelques enfants qui survivent. Dans la plupart des cas, on détruit un plus grand nombre d'enfants du sexe féminin que du sexe masculin ; ces derniers ont évidemment plus de valeur pour la tribu, car, une fois adultes, ils peuvent concourir à sa défense et pourvoir eux-mêmes à leur entretien Mais plusieurs observateurs et les femmes elles-mêmes indiquent, comme motifs additionnels de l'infanticide, la peine que les mères ont à élever les enfants, la perle de beauté qui en résulte pour elles, la plus grande valeur des enfants et le sort meilleur qui les attend s'ils sont en petit nombre ». ' Dans notre vie « civilisée » c'est, la plupart du temps la mère, abandonnée et sans soutien, qui tue son enfant, et le motif de l'infanticide est beaucoup plus souvent la honte que la misère '^. Chez beaucoup de femmes, l'amour maternel ne se manifeste qu'une fois qu'elles ont vu leur enfant et commencé à en prendre soin. Despine (dans son Elude psychologique sur les personnes qui commellent Vinfanlicide, au 3« volume de sa Psychologie naturelle) rapporte une série d'exemples. On comprend par la qu'une mère abandonnée puisse tuer son enfant aussitôt après

* Darwin : La descendance de V homme, traduit de l'anglais par Moulinié. 2« éd. Paris, Reinwald, 1874, IL ch. xx, p. 395.

* Lecky : History of European Morals, II, p. 47, pense que lamour maternel est ordinairement plus fort que la misère, mais plus taible que la honte. Il tire cette conclusion de ce que, dans les pays ou l on se montre très indulgent pour les lilles-mères, les infanticides sont rares. - l ourlant l'amour maternel peut être atiaibli et détruit, comme de tristes expériences le montrent par la misère ou le travail excessif. Cf. Jevons : Marriea women in faclories (Methods of social Reform), p. 157 sqq, Ibb. — i^es femmes des sauvages étaient dans une situation plus avantageuse que le^» mères abandonnées et les ouvrières des fabriques dans nos grandes vmes. La horde tout entière adoptait l'enfant à qui l'on avait permis de vivre, ei le travail de la mère ne la séparait pas nécessairement de son entanL

Page 1