‹ Morale [microform]Chapitre 139 sur 284 · LA MORALE ET LA PÉDAGOGIE · texte numérisé non relu

LA MORALE ET LA PÉDAGOGIE

1- L'évolution du sentiment de la famille. — 2. Valeur propre de l'enfance.

— 3. Education inconsciente et consciente. — 4. Education intellectuelle.

— 5. Education religieuse.

1. — La physiologie nous fournit déjà une indication nette en ce qui concerne la situation morale des parents à l'égard dos enfants ^ Sans doute les parents mettent les enfants au monde, mais ils ne sont pourtant que des intermédiaires dans un ordre naturel qui, bien avant le développement de leur conscience et de leurs appétits, avait établi le premier germe des nouveaux individus. Aussi ne peut-on fonder sur leur rapport physique à leurs enfants aucun droit de propriété et de domination. Leur pouvoir sur l'enfant se fonde au contraire sur la tache qui leur incombe, en qualité d'êtres les plus rapprochés du jeune rejeton. de le soigner et d'en protéger la croissance. L'autorité parentale peut, comme toute autre, se prendre elle-même, d'une manière spontanée ou réfléchie, comme but, au lieu de simple moyen. Cela arrive quand le pouvoir que les parents ont sur leurs enfants fait naître chez eux un sentiment de puissance, dont les enfants deviennent des moyens d'assurer la satisfaction. Gela a lieu également quand les parents laissent librement se manifester les sentiments provoqués en eux par la conduite de leurs enfants, sans songer que la louange et le blâme sont des moyens dilliciles à manier et que l'essentiel n'est pas de donner libre cours aux sentiments des parents, mais d'assurer aux jugements qu'ils prononcent une influence convenable sur l'évolution du caractère des enfants. Le droit d'employer la force et d'émettre des jugements repose sur le devoir d'être

une providence éducatrice. Ce devoir est transgressé d'une

* Psychologie, VI. C, 2-3.

manière encore plus irréfléchie par tout manque d'empire sur soi lequel peut soit directement, par l'assujettissement et le mauvais traitement des enfants, soit indirectement, par les mauvais exemples qu'on leur donne, contredire le but de l'éducation.

Normalement, ce devoir est imposé par l'un des sentiments humains les plus intenses, qui s'alimente et s'accroît d'autant plus qu'il a plus fréquemment l'occasion de se satisfaire. L'activité instinctive précède le sentiment profond proprement dit, et ce dernier augmente à mesure que l'activité continue h s'exercer. La communauté de la vie engendre celle du sentiment. (Cf. le principe aristotélique). Le fait général que les bienfaiteurs témoignent plus d'amour à ceux auxquels ils font du bien que ceux-ci ne leur en rendent trouve ici sa confirmation. Le sentiment qui répond chez les enfants à l'amour que leur témoignent les parents peut difficilement atteindre le même degré d'intensité. Homère, en parlant des jeunes héros qui meurent, dit souvent qu'ils n'ont pu rendre à leurs parents le « prix de leurs soins ». Mais, si grandes que puissent être la reconnaissance et la piété des enfants, jamais ils ne réussiront à rendre à leurs parents tout ce qu'ils en ont reçu. Gela tient à ce que les regards de l'enfant se portent tout naturellement en avant. Quelque nombreux aliments qu'il puise dans le passé, sa lendance et sa destination le portent cependant à regarder plutôt devant que derrière lui, et si la sympathie des parents est désintéressée, c'est aussi ce qu'ils souhaiteront. Ils sauront que les enfants doivent monter, tandis qu'eux-mêmes descendent. Néanmoins, quand le rapport convenable existera entre eux, la sympathie des parents pour le progrès de leurs enfants ira au-devant de la piété filiale des enfants, et il en résultera l'harmonie entre l'ancienne et la nouvelle génération, qui constitue un des cotés les plus importants de la famille. (Cf. XIV, 2 et XII, 6).

En dehors du lien qui unit entre eux les parents et les enfants, celui qui unit entre eux les enfants de parents communs possède également une grande importance morale. La communauté de l'origine, des conditions de vie, des souvenirs, de l'éducation et des actions forme — à côté de la parenté naturelle des tempéraments et des dispositions — la base solide d'une union et d'une compréhension réciproque, qui peuvent subsister alors même que l'expérience et l'activité ultérieures de la viedevien-

aoo

Page 1