XXI. - 3. LA MORALE ET LA PÉDAGOGIE
.e crée ainsi des précédents qui déterminent l'avenir et fournissent une meilleure base que les exhortations et les menaces, les récompenses et les punitions. L'enfant peut faire ainsi en p^tit par cela seul qu'il éprouve de la joie h sentir sa propre activité, des expériences qui lui profiteront plus tard. Lorsnu'arrivera ensuite le moment où il comprendra les commandements et les exhortations, il se trouvera les avoir deja suivis, et telle est à vrai dire l'unique façon de pouvoir les bien comprendre. De même que, d'après les nouvelles méthodes pour enseigner les langues, on commence non par les règles grammaticales mais par des exercices pratiques, de même on devrait aussi, dans la morale pratique, commencer non par les règles mais par l'exercice des facultés. L'éducation inconsciente n a pas moins d'importance que la consciente. Il y a en effet des pensées et des sentiments qui ne sont rendus possibles que par une activité préalable.
Mais par l'éducation inconsciente on peut entendre aussi celle que les parents donnent sans le savoir eux-mêmes. Les instants où ils ne sont pas sur leurs gardes n'agissent pas moins sur l'enfant que ceux où ils prennent à son égard, avec une claiiv conscience, une attitude pédagogique ; dans les instants ou on n'est pas sur ses gardes, on parle et on agit souvent avec la plus grande énergie. 11 ne sert de rien dès lors de prendre pour base \e système pédagogique le plus excellent, si de nombreux instants où l'on n'est pas sur ses gardes viennent détruire ce que le système a édifié. D'une manière générale, une grande partie de l'éducation de l'enfant consiste dans l'imitation spontanée qui le porte à exécuter des actions et des travaux qu'il devra plu. tard accomplir avec conscience. C'est par l'imitation active que l'enfant apprend à connaître les différentes faces de la vie 11 répète dans ses jeux la conduite des grandes personnes reproduit les diverses fonctions et les diverses situations d'ans lesquelles il les a vues, est tantôt maître, tantôt serviteur tantôt donne et tantôt reçoit. 11 apprend à connaître les contrastes de la vie, et il expérimente en même temps que même les grandes personnes, ordinairement affranchies en apparence de toutes barrières, ont des règles et des considéralions sur lesquelles elles sont obligées de se régler. Les enfants sont ainsi introduits pas h pas dans le milieu complexe qu est la vie et l'évolution morale peut ici marcher de pair avec 1 evo-