XXI. -- 5. LA MORALE ET LA PEDAGOGIE
détail. Gela développera sa critique et sa faculté déductive. On peut lui fournir l'occasion défaire le plus possible d'expériences fécondes. On peut lui donner une idée de la difficulté qu'on éprouve à parvenir à une connaissance exacte, et de la quantité de choses qu'il a encore à apprendre pour pouvoir convenablement traiter les intéressantes question qu'il soulève. On peut enfin lui montrer que l'essentiel est d'avoir le cœur bon et la conscience pure, et que l'un et l'autre se rencontrent même chez des gens dont les idées religieuses sont fort différentes.
Une critique directe trop précoce donnera facilement à la vie intellectuelle la prépondérance sur les autres parties de la vie psychique. D'une manière générale, la connaissance tend à se développer plus vite que le sentiment, et celte tendance ne tarde pas àproduire un exclusivisme maladif, aggravé encore si ce que l'enfant regarde comme la vérité lui a été imposé, au lieu d'avoir été découvert par lui-même à sa façon. Il se produit alors une discordance psychique, une sorte de scission qui paralyse le cœur, et qui sera facilement suivie d'une période de réaction, également malsaine. Par une sorte d'effet de contraste, l'individu s'efforcera alors tardivement d'éprouver tout un ensemble de sentiments qu'il n'aura pas appris h connaître au bon moment.
Si la confiance en soi-même et l'activité personnelle peuvent être abattues par une critique trop précoce, elles le seront naturellement bien plus encore si l'on infuse systématiquement à l'enfant cette idée qu'il ne doit pas se fier à son sens personnel ni à sa raison propre, mais apprendre à les réfréner, sous prétexte que ce qui doit être cru n'est pas susceptible d'être compris. Aussi bien une pareille manière d'agir s'écarte-t-elle par trop du point de vue général dont nous partons ici pour qu'il soit besoin de la critiquer plus en détail. Une éducation conduite dans un esprit moral ne saurait attribuer une valeur absolue à aucune croyance ni à aucune incroyance. Former un caractère ferme et vraiment personnel, des sentiments profonds et sains, une intelligence vigoureuse et claire, voilà le but qu'elle se propose, et en comparaison de ce but toutes les divergences confessionnelles n'ont qu'une importance éphémère. Ce qui doit résulter de l'éducation ce n'est pas un être qui croie ou ne croie point, mais un homme.