XXII. — 2. L'ÉTAT ET LES ENFANTS
est restreinte pour protéger un droit général et primordial de
l'homme*.
On n'a pas besoin de craindre que la responsabilité des parents s'en trouve diminuée. C'est l'objection que Spencer élève contre toute instruction publique. Il demande une séparation complète de la famille et de l'Etat, et il est convaincu que tous deux peuvent seulement prospérer s'ils sont tenus autant que possible à l'écart l'un de l'autre-. Mais il faut remarquer qu'on n'enlève pourtant pas à quelqu'un sa responsabilité morale, parce que l'on prend des mesures pour qu'une chose soit faite, dont le soin lui incombe sans doute en première ligne, mais qu'il ne peut ni ne veut accomplir. L'Etat exerce ici une action auxiliaire et complémentaire. La famille et l'État sont très différents sans doute quant à leur essence, mais ils n'en ont pas moins des fins en partie communes, puisque les membres de la famille sont aussi membres de l'Etat. La grande société intervient quand, pour une raison quelconque, la petite ne remplit pas son devoir. Ce que l'on exige c'est un minimum, et les parents demeurent toujours libres de le dépasser autant qu'ils le peuvent et le veulent.
L'Etat peut otïrir une instruction plus développée et en faire une condition de toute fonction publique, mais il ne saurait l'imposer. De même, en ce qui concerne la conception religieuse de la vie, l'Etat peut aider au libre développement des diverses doctrines spirituelles dans le peuple ; mais il doit laisser aux familles le soin de décider dans laquelle de ces doctrines il faut orienter la vie religieuse de l'enfant. Les établissements publics d'instruction devraient se rapprocher, dans toute la mesure du possible, de la laïcité.
* Cf. RÙMELIN. Ueber dus Object des Schidzwanges (Reden und Aufsatze. Neue Folge), p. 475. — (En France, les droits de l'enfant, sur ce point comme sur d'autres, ont été longtemps sacrifiés à une conception trop romaine de la puissance paternelle. Le droit de l'enfant à l'instruction n'a été reconnu et sanctionné d'une manière efficace que par les lois du 16 juin
1881, sur la gratuité de l'enseignement primaire public, et du 28 mars
1882, sur l'instruction primaire obligatoire. Cette dernière loi rend expressément responsables de l'assiduité de l'enfant à l'école le père, le tuteur ou la personne qui a la garde de l'enfant, et elle édicté contre euv des pénalités en cas d'infraction.) (Note du traducteur.)
* Spencer. Principes de sociologie, trad. de l'anglais, t. II, p. 420, cf. p. 351 sqq. — (On peut voir par la note précédente que l'intervention de l'Etat, loin de diminuer la responsabilité des parents, est au contraire seule capable de la rendre réelle.) (Note du trad.)
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