‹ Morale [microform]Chapitre 150 sur 284 · XXIII. — 2. LA LIBKRTÉ ET LA CULTURE · texte numérisé non relu

XXIII. — 2. LA LIBKRTÉ ET LA CULTURE

contrainte et l'autorité ne suffisent pas ici ; elles réussiront peutêtre à maintenir pendant un temps les acquisitions passées — encore faudra-t-il. pour estimer d'une manière personnelle la valeur des acquisitions transmises et désirer ardemment leur con servation, une liberté d'esprit et une indépendance à l'égard de toute barrière matérielle qui n'existent pas quand les individus sont soumis à une tutelle ou aune domination étransrères.

Ainsi, quoiqu'on puisse sans doute établir une distinction entre la liberté comme fin et la liberté comme moyeyi, elles sont entre elles en connexion étroite et se conditionnentmutuellement. Pour pouvoir posséder la liberté comme moyen, il faut déjà l'avoir obtenue en partie comme fin; pour pouvoir agir comme un centre de forces, il faut avoir accumulé des forces en soimême. Et inversement, c'est seulement par un libre emploi de ses forces qu'on devient une personnalité réelle. Nous retrouvons ici le principe aristotélique : ce n'est qu'en agissant avec liberté que nous devenons libres. C'est en cela précisément que consiste la difficulté qu'entraîne l'application du principe de la liberté. La liberté n'est pas seulement un principe dérivé, souvent aussi elle peut seulement s'appliquer d'une manière indirecte, tant comme fin que comme moyen, les individus qu'il s'agit de rendre libres, pouvant avoir besoin d'appui et de soins jusqu'à ce qu'ils soient capables d'agir par eux-mêmes. L'emploi de la contrainte spirituelle et corpoielle au nom de la liberté peut donc être légitime; mais l'emploi de la force et de la contrainte, c'est-à-dire le principe d'autorité sous toutes ses formes, n'est jamais par rapport au principe de la liberté qu'un principe dérivé, comme le principe de la liberté l'est lui-même par rapport au principe général du bien. Le bien est fin; la liberté est aussi bien fin que moyen ; mais l'autorité n'est proprement qu'un moyen, moyen que nous devons toujours nous représenter comme destiné à perdre un jour sa valeur.

C'est seulement si l'autorité prend la place que nous venons de lui assigner qu'elle est de nature morale. Le principe d'autorité et le principe de liberté se livrent entre eux, dans l'bistoire du monde, une lutte séculaire. L'action réciproque de ces deux forces détermine l'évolution sociale. Chacune a son temps et son domaine, déterminés par le principe du bien. Il y a une très grande différence à ce que l'autorité intervienne seulement comme moyen d'éducation ou au contraire comme principe

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