XXIV. — 2. b. OPPOSITIONS SOCIALES
quelles il s'exécute qui sont déterminés en grande partie sans qu'il soit consulté. C'est une véritable ironie de lui dire qu'il est un homme libre et qu'il dépend de lui seul de vouloir ou non accepter un travail ^ La marchandise qu'il offre, c'est-à-dire sa force de travail, est inséparable de sa personne, en sorte qu'en la vendant à des conditions dont il n'est pas le maître, c'est aussi sa personne qu'il vend. La dépendance où il est à l'égard des patrons s'étend facilement du domaine extérieur et matériel au domaine intérieur, en sorte qu'il ne peut pas non plus se conduire en homme libre dans les questions sociales, politiques et religieuses. '
b. Les services rendus par la science à l'industrie n'ont guère profité jusqu'ici, parmi les ouvriers, qu'au petit nombre. Le travail de la pensée et celui des muscles, le travail intelligent et le travail physique, ne sont pas encore unis, mais ils sont le plus souvent l'aflaire d'individus différents. L'application des découvertes scientifiques, la disposition du plan de travail et la réalisation des moyens nécessaires à son exécution exigent des qualités et des conditions qui ne sont pas à la disposition des Iravailleurs manuels. Le travail physique s'exécute pour ainsi dire à l'aveuglette, sans qu'on se rende compte des forces naturelles y concourant ou de l'importance des résultats obtenus. Même dans le cercle des travailleurs manuels, il s'introduit de plus en plus une division du travail qui finit par réduire le travailleur isolé à la répétition mécanique d'un seul et môme acte simple. L'év^olution du travail amène d'un coté la dissolution et le morcellement d'un travail complexe entre plusieurs ouvriers différents, et de l'autre, la combinaison de plusieurs branches différentes de travail pour les productions d'un seul et môme objet. Ce sont les deux mêmes formes d'évolution — l'isolation et la combinaison — qui se manifestent dans tous les domaines de l'activité humaine. Déjà du temps d'Adam Smith la fabrication d'une épingle était répartie entre 18 mains. Dans
* Lorsqu'au sein d'une commission royale anglaise, il fut demandé qu'une surveillance plus étroite lût exercée sur les mines de charbon, à cause de la fréquence des accidents, le représentant des patrons dit : « Mais ne <lépend-il pas des mineurs eux-mêmes de consentir à descendre dans les mines ? » Un témoin répondit : « Sans doute. Mais il dépend aussi d'eux <ie mourir de faim, s'ils ne descendent pas. » L. Brentano. Die Arbeileriiilden fier Gegenwart, II, p. 17. Cf. p. 165, la joie dun patron à propos du grand nombre d'ouvriers sans travail, qui fait baisser le taux des salaires.