XXV. — 2. LA QUESTION SOCIALE
de la société est en connexion avec la vie entière de la nature. Darwin a retrouvé depuis, dans l'ensemble du règne végétal et animal, les faits que Mallhus avait admis en ce qui regarde la vie humaine. Nous ne comprenons pas la question sociale, si nous ne la voyons pas dans ses rapports avec l'ensemble de la vie naturelle. Or, quand on aura vu combien sont profondes les forces et les tendances qui interviennent ici, on ne croira plus aussi facilement que la question puisse se résoudre par une seule formule et une fois pour toutes.
L'étroitesse des vues de Malthus consista d'abord, comme le notait déjà Auguste Comte S à ne pas remarquer la nécessité d'une population nombreuse pour que la vie sociale puisse se développer sous ses diverses formes. La division du travail, l'échange actif, l'organisation sociale, tout cela demande une population qui ne soit pas trop clairsemée. Une population plus nombreuse est en même temps une population plus dense, ce qui favorise les relations mutuelles, avec toutes leurs conséquences. De plus, en fiice de dangers extérieurs, le grand nombre peut avoir son importance. En second lieu, Malthus ne vit pas que la disproportion entre la quantité de la population et celle des subsistances dont on dispose peut résulter également d'un développement imparfait de l'activité humaine. Une énergie ou une habileté plus grandes trouveraient peut-être un emploi pour la force de travail en apparence superflue, soit par de nouvelles découvertes, soit par un meilleur usage du capital, ou bien des subsistances nouvelles et plus facilement accessibles pourraient être produites. La disproportion peut donc, dans les cas particuliers, avoir des causes diverses et provenir tantôt de la défectuosité de la production, tantôt de celle de la distribution, tantôt de celle de la consommation. Mais Malthus a raison de dire que toutes les fois qu'une certaine harmonie se trouve réalisée entre la population et les subsistances, la forte tendance de la population à s'augmenter ne tardera pas à rompre de nouveau l'équilibre et à rendre nécessaires de nouveaux etforts pour conserver le degré de vie acquis. C'est cette condition qui pousse sans cesse l'homme à nouveau dans la voie du travail et de la culture. Malthus dit — et il n'est pas besoin d'être pessimiste pour lui donner raison sur ce point —
* Cours de philosophie positive. IV, 2» éd., p. 455.