XXV. — 3. LA QUESTION SOCIALE
que si les subsistances croissaient dans la même proportion que le genre humain, il ne voit pas quel mobile pourrait être assez fort pour triompher de l'indolence naturelle de l'homme et le conduire plus loin dans la voie de la culturel L'inertie, dans laquelle nous avonstrouvé le germe detoutmal (VI. 1), a besoin d'un fort contrepoids pour être surmontée. Tant que des motifs supérieurs n'auront pas plus de puissance sur la nature humaine que jusqu'à ce jour, le motif élémentaire mis en évidence par Malthus sera toujours nécessaire. II faut une forte pression pour éveiller l'appétit et la force. C'est seulement quand cette pression a produit son effet qu'on arrive à un degré où des motifs plus idéaux peuvent exercer leur action. (Cf. IV, 7.)
Il n'y a aucune raison d'admirer l'ordre naturel que nous rencontrons ici. Cependant il faut le prendre pour quelque chose de donné. D'autre part, ne l'oublions pas, la force puissante qui soulève la question sociale est la même qui en amenant l'établissement de la famille, fonde la plus étroite'des sociétés humaines, source de toute sympathie dans l'humanité, et la même qui, par son influence sur l'imagination et par son pouvoir d'exciter l'enthousiasme, met en action la faculté du dévouement et du sacriflce.
3. — La question sociale est une question morale. Cela résulte déjà de ce que nous avons dit plus haut en faisant remarquer que c'est uniquement à cause de l'éveil de la sympathie qu'elle se pose de notre temps d'une manière aussi nette et aussi vive. Ou'on supprime par la pensée le critère de la morale, c'est-à-dire la notion morale d'une société idéale (lll, 10; XIII, 6), et « la question » tombe du même coup, ou phitôt elle se réduit à une simple question de force ; l'individu n'a plus pour tckhe que de se tirer sain et sauf de la lutte générale de tous contre tous, ou de garder son bien, pendant cette lutte, le mieux qu'il pourra. La notion de la société idéale, du royaume de rhumanité, exige au contraire que chaque être humain soit plus qu'un moyen, qu'il occupe sa place propre et personnelle dans le vaste royaume de l'humanité. Il est contraire à l'idéal d une société humaine qu'un nombre plus ou moins grand d'êtres humains soient simplement regardés comme une masse passive, comme un ensemble de moyens et d'instruments infé-
' Essai sur le principe de population, trad. de l'angl. par P. Prévost K^ns et Genève, 1809, II, 271. ^ ^i-vubi,
HoFFtiiNfi ^ Morale.