XXV. — 4. LA QUESTION SOCIALE
rieurs, dont les joies et les souffrances n'entrent pas en considération lorsqu'on arrête le compte social des profits et pertes. Tant qu'on pourra appliquer la notion de « niasse » il des êtres humains, le but ne sera pas atteint, et il se rencontrera des discordances plus ou moins fâcheuses. Dans une société, la masse c'est ce qui n'entre pas dans l'organisation, ce qui ne forme pas un élément vivant et agissant de l'ensemble. Dans la masse, les personnes particulières s'effacent et disparaissent : elles ne constituent pas autant de centres particuliers de forces. Là où existe une masse, la personnalité ne jouit pas de ses droits. Par suite, ni l'unité ni la variété, conditions d'une société parfaite, n'y sauraient exister : l'unité, parce que la société est morcelée en parties qui ne forment aucun ensemble organique, mais sont peut-être hostiles l'une à l'autre; la variété, parce que l'indépendance des personnalités individuelles disparaît : le principe de la personnalité libre, corollaire le plus important du principe du bien (Vlll, 6), se trouve violé, puisque des êtres personnels sont rabaissés au rôle des moyens, sans être en même temps regardés comme fins.
4. — Mais peut-il en être autrement? Certains le nient. Voici à peu près comment ils raisonnent. La vie sociale, comme la nature entière, est soumise à des lois inéluctables. De ce genre est la loi de l'offre et de la demande. 11 ne sert de rien de déployer les plus grands efforts, si le résultat auquel ils aboutissent n'est pas désiré : nous n'obtenons pour notre travail que le prix qu'il vaut sur le marché. Ceux-là surtout devront souffrir de cette loi, qui paraissent sur le marché avec leur force de travail pour tout bagage. Us ne pourront jamais obtenir une existence matérielle assurée, et n'auront ni temps ni force de reste pour participer à la culture mentale. Il n'en peut être et il n'en a jamais été autrement. D'un autre côté, il est nécessaire que le travail matériel soit exécuté. Il faut que la grande masse pourvoie aux besoins matériels de la société, pour qu'une petite élite puisse travailler à la culture de l'esprit. De tout temps, la culture supérieure n'a été accessible qu'à un cercle restreint, favorisé par la chance et capable de se développer d'une manière harmonieuse et complète, sans être obligé de pourvoir à ses besoins matériels. Pour qu'une vive lumière puisse éclairer cette élite du genre humain, il faut que la grande masse reste dans l'obscurité. Ce ne serait même pas un