XXV. - 5. LA QUESTION SOCIALE
(lll, 19-20 ; XllI, 14), révolution morale doit poursuivre ce que l'évolution natuielle, plus ou moins consciente, a commencé. La volonté humaine ne peut rien créer de rien ; elle ne peut que continuer rédifice dont la nature a posé les bases. Il s'agit dès lors de découvrir dans le donné des points de départ et des germes de l'avenir. S'ils faisaient totalement défaut, la situation serait désespérée. Or c'est précisément le résultat auquel nous conduisent l'une et l'autre des doctrines précédentes. Pour la première, c'est une conséquence logique; en effet, regardant le dualisme qui existe dans le genre humain comme un état normal, elle n'a aucune raison de chercher h en sortir. A la seconde, au contraire, il faut poser cette question : si dans la société présente il n'existe rien de bon, où faudra-t-il chercher les forces nécessaires pour construire le nouvel édifice social? Les forces que nous dépensons ne sont pourtant jamais que des produits du passé. On ne voit donc pas aisément comment la condamnation absolue d.' l'hérilage historique se concilie avec de grandes espérances fondées sur l'avenir.
De plus, il y a un point que les deux parties oublient. Le dualisme n'est pas aussi fort qu'ils nous le représentent. Si de nos jours la question morale est posée plus nettement qu'autrefois, cela tient en grande partie, nous l'avons vu, à ce que le sentiment de son importance s'est éveillé. Or ce sentiment n'est pas l'apanage d'une classe ou d'un cercle unique. Comme Va dit Stlaut MiLL, c'est le propre de notre temps que toutes les classes y prennent part à la discussion des questions les plus essentielles, et que les classes souifrantes ont plus que jamais voix au chapitre^. Les deux parties opposées de la société ne sont donc pas complètement isolées, mais il faut bien qu'elles aient un terrain commun, puisqu'elles peuvent examiner ensemble le problème. Par là Cbt alïirmée l'unité mentale de la société en même temps que se trouve établi un moyen essentiel de progrès. Car l'histoire montre clairement qu'aucune réforme ni aucune amélioration
* Principes d'économie politique, trad. Dussaud et Courcellt'-Seneuiî, II. 1,2.— La:,svlle soutenait qu.3 sa propagande préparait une ère de réconciliation, en off.ant à la classe possédante aussi bien qua la classe ouvrière la possibilité de s'accorder dans la discussion de la question sociale {Arbederlesebuch, p. o4 sqq) — Le rôle joué par les positivistes et les « socialistes clirétiens » dans la lutte soutenue par les ouvriers anglais pour faire re.tonnaître leurs droits (voir Sidney et Béatrice Web» Ibsloire du Tmde-unionisme, trad. A. Mélin, Paris, 1897, p. 2i>i. 230, 260, 280) est