A. - ORGANISATION DL TRAVAIL PAR L'ASSOCIATION LIBRE
2 Le premier effet du principe de la liberté fut de dissoudre et d'isoler. Sa proclamation fut comme une mine qui fit éclater le vieil édifice de la société, et le inonde ne s'est pas encore complètement remis de cette catastrophe. Gomme nous l'avons fu, dans le premier feu révolutionnaire, on alla jusqu'à regarder l'isolement comme une condition nécessaire du maintien de la liberté. Mais la liberté peut se manifester tout aussi bien dans le choix d'une association avec d'autres que dans celui d'une séparation d'avec eux. La liberté implique seulement que l'activité de Pindividu ne se heurte à aucune barrière arbitraire. L'association libre doit être précisément considérée comme une suite natuielle de l'émancipation. Si la liberté a amené des maux, elle est elle-même, — au moins partiellement — en mesure de guérir les blessures qu'elle a faites. La proclamation de la Uberté a lieu en vertu du principe du bien, parce que le libre emploi des forces vaut à la fois comme fin et comme moyen, et c'est également en vertu du principe du bien que l'association doit résulter de l'émancipation. C'est ce qui apparaîtra clairement quand nous considérerons les principales formes d'associations ouvrières qui se sont présentées dans l'histoire.
3. Avant tout, il s'agit de faire cesser l'isolement et le conflit dans le monde des ouvriers eux-mêmes. La dépendance de l'ouvrier à l'égard de celui qui achète son travail tient en efl'et surtout à la grande concurrence que se font les ouvriers entre eux. Le taux des salaires diminue à cause de l'abondance des ofl'res de travail. En formant bloc en face des patrons, les
ouvriers deviennent capables de poser leurs conditions, tant en ce qui concerne le salaire que la durée et les conditions du travail. C'est seulement par là qu'ils deviennent véritablement des hommes libres, puisqu'il leur devient possible de faire admettre leurs prétentions. Tant que la liberté ne possède pas la moindre puissance, elle n'est qu'un mot; or la puissance ne s'obtient que par l'union et l'organisation. Comme il arrive si souvent dans l'histoire, il faut que la puissance se développe pour faire reconnaître le droit. Longtemps encore après la disparition de l'esclavage et du servage, et après la suppression des corporalions, le^ patrons se considéraient comme des maîtres absolus en face de leurs ouvriers, et ils regardaient leur pouvoir sans restriction sur eux comme une des conditions fondamentales de toute organisation industrielle. Ils prétendaient conserver les droits que leur assurait l'ancien régime, alors même que les obligations correspondantes avaient cessé d'exister. Bien plus, ils invoquaient le principe même de la liberté, proclamé par la Révolution, pour prétendre ne faire de contrats qu'avec chaque ouvrier pris individuellement : ils se servaient de la liberté pour les isoler. Les ouvriers n'en devaient tenir que d'autant plus à s'unir entre eux : c'était pour eux une question vitale.
C'est ce qui donna naissance aux associations professionnelles, qui ont pris surtout en Angleterre une extension considérable ^. L'histoire de leur développement présente un grand intérêt moral. Ces sociétés eurent à soutenir une lutte acharnée non seulement contre les patrons, mais contre l'Etat, qui ne voulait pas les reconnaître, et contre la brutalité de leurs propres adhérents. On refusait aux ouvriers le droit de s'unir pour défendre leurs intérêts communs, et plus leurs tentatives étaient tenues pour illégales, plus ils se laissaient entraîner à des actes de violence comme les destructions de machines et le meurtre des dissidents. Pourtant, grâce à la sagesse et à la modération dont elles surent en général faire preuve, ces associations réussirent peu à peu à se faire reconnaître, et à mesure que l'on admit la légitimité de leurs buts et de leur action, la brutalité de
* Dans ce qui suit, j'ai surtout en vue les associations ouvrières anglaises {Trades Unions) dont l'histoire est à la fois la plus intéressante et la mieux connue. J'emprunte tous mes renseignements soit i|. Lujo Brentano : Die Arbeitergilden der Gegenwart (Leipzig, 1874-1872), soit à Sidney et Béatrice Webb : Histoire du Trade-unionisme (trad. fr. par Albert Métin, Paris, Giard et Brière,'l897).
XXVL — A. 3. SOLUTIONS POSSIBLES
leurs adhérents diminua. Leurs efforts eurent notamment pour but d'obtenir une augmentation uniforme et assurée du salaire, et tout au moins d'empêcher la condition des ouvriers de reculer vers un état pire. Elles comprirent combien il importe que l'ouvrier s'habitue h réclamer certains avantages, à lutter pour obtenir un certain étalon de vie {standard of lifé) afin de ne pas se laisser ravaler à un instinct purement animal de conservation. Or un pareil niveau ne s'obtient point par des oscillations fortes et brusques, mais par un état de choses régulier et durable. Aussi attachent-elles encore plus d'importance à la réduction de la journée de travail, aux mesures de protection et de garantie, qu'à l'augmentation du salaire. Grâce à la vue d'(?nsemble que leur puissante organisation leur permet d'avoir sur l'état du marché et les conditions du travail dans les divers pays, elles sont en mesure de sérier leurs revendications et de voir quelles sont celles ayant chance d'aboutir le plus vite. Désormais la lutte de la classe ouvrière pour le progrès ne se fait plus h l'aveuglette, mais elle s'appuie sur une vue claire des circonstances réelles. Cette organisation des ouvriers a permis à son tour la création de chambres d'arbitrage et de conciliation, où les délégués des patrons et des ouvriers peuvent discuter ensemble leurs intérêts communs. Il s'est produit ici, au sein d'une nation particulière, quelque chose d'analogue à ce qui se passe lorsqu'un différend entre deux nations est réglé par un tribunal arbitral, au lieu de l'être par le sort des armes. C'est seulement grâce à la lutte soutenue par les associations ouvrières que l'indépendance civile des ouvriers arrive à se faire reconnaître. Un fait significatif sous ce rapport c'est que la loi anglaise qui réglait les rapports entre patrons et ouvriers et qui s'appelait jusqu'en 1875 la loi Maître et Serviteur (Master and Servant Act) fut remplacée «à cette date par la loi Patrons et Ouvriers (Employers and Workmen Act ^) : preuve que la liberté, tout en étant la condition de la naissance de l'association, n'a été pleinement assurée qu'avec le secours des associations. Aussi les ouvriers, dans leur lutte pour obtenir le droit de s'associer, lièrent-ils la partie avec les partisans de l'individualisme radical. Mais, tandis que ces derniers bornaient tous leurs vœux à la réalisation intégrale de la liberté, y compris celle d'association, pour les
* S. ET B. Webb : Histoire du Trade-unionisme, Irad. fr. p. 312.
ouvriers l'association n'était que la première base indispensable d'une série de progrès ultérieurs.
L'association a produit encore d'autres conséquences très importantes au point de vue moral. L'individu acquiert un juste sentiment de sa valeur personnelle en constatant que par sa participation à l'association professionnelle il jette un poids dans la balance, tandis qu'à l'état isolé il n'est capable de rien faire. En même temps, il est obligé de montrer une certaine habileté, caries sociétés professionnelles exigent de leurs membres qu'ils aient appris à travailler et soient réellement capables de gagner le salaire fixé. Elles refusent de s'occuper des ouvriers (( marrons », car ceux-ci font baisser les salaires. De plus, le sentiment de camaraderie, la sympathie pour les autres, augmentent. L'individu s'aperçoit que sa conduite pendant le travail et en dehors, que son habileté, son application, sa maîtrise de soi et son économie, ont un contre-coup sur beaucoup d'autres que lui-même. Il se forme pour ainsi dire une sphère morale autour de lui, une grande famille dont il se sent membre. Il apprend h connaître la fraternité qui auparavant était presque oubliée pour « la liberté et Tégalité ». Il apprend à subordonner son intérêt propre h Tintérêt général. 11 se sent solidaire de ses compagnons de métier et aussi — à cause de l'union des diverses associations professionnelles — des ouvriers d'autres branches, voire même des ouvriers étrangers. Son horizon s'élargit : il lui est permis d'aspirer h des fins plus hautes ; et l'agrandissement de ses lins le grandit lui-même. De plus, grâce aux connaissances générales, h la vue d'ensemble sur les conditions du commerce et de l'industrie, qui détermine la politique des associations ouvrières, il acquiert une notion plus nette de la situation de l'ouvrier par rapport aux autres classes de la société, il apprend à mieux connaître aussi bien ses droits que ses devoirs comme membre du genre humain. Bref, il se produit ici toute une éducation allant de Tégoïsme à la sympathie, de la brutalité aveugle h la force intelligente, de la lutte à la discussion pacifique. Et tout cela grâce à la liberté. Il n'est pas de meilleure réponse à ceux qui regardent notre époque uniquement comme une époque de dissolution que la transformation sociale et le développement moral s'accomplissant ici. Cette évolution d'ailleurs se produit conformément aux lois psychologiques que nous avons mises en lumière plus haut (XIII, 4). Le sentiment
de solidarité se développe par suite de la vie et de l'action en commun, de la communauté du sort et du travail. Le principe aristotélique se manifeste clairement. Nous trouvons ici une substitution de motifs toute particulière. En elTet, bien que ce soit souvent la lutte purement individuelle pour la conservation de soi qui amène les ouvriers à s'unir, ils peuvent néanmoms arriver ainsi h se vouer aux intérêts communs de telle manière que ces intérêts deviennent pour eux une fin immédiate. Enfin, de ces formes sociales nouvelles résultent des conséquences dont la portée s'étend bien au delà du cercle des ouvriers. Ce nouvel élément qui intervient ainsi d'une manière active dans l'évolution sociale exerce sur les autres classes de la société une influence éducatrice ; il leur apprend à mieux connaître leurs bornes, et leur apporte en même temps des fins et des taches nouvelles, en amenant progressivement une transformation de la vie sociale tout entière.
Toutes les associations professionnelles n'ont pas atteint ce degré de développement. Il existe entre elles, tant sous le rapport de l'organisation que de la marche suivie, de grandes dilîérences. Nous avons eu sous les yeux l'image des sociétés les plus avancées. — Il peut arriver qu'une suspension du travail décrétée par une association suscite pour l'ouvrier individuel un grave conflit moral, lorsqu'il doit choisir entre sa famille mourant de faim et d'autre part l'honneur et la prospérité de sa corporation. Les associations professionnelles ont été souvent sévères pour ce qu'on appelle les « briseurs de grève » ; il faut pourtant songer qu'on se trouve Là en présence d'un conflit moral. Lorsque la suspension du travail a lieu réellement dans l'intérêt de la corporation entière, c'est pour l'individu un devoir non douteux — devoir que prescrit le sentiment de la solidarité, partout où il existe, — de tenir aussi longtemps que possible. Alors même qu'il ne fait point partie de l'association professionnelle, la victoire de celle-ci lui sera pourtant utile : aussi, à l'heure de la lutte, ne saurait-il séparer sa cause de celle de l'association. Les auteurs de la déclaration de guerre assument une lourde responsabilité, mais une fois la guerre déclarée, l'individu doit supporter patiemment les soulfrances inévitables. Il n'est pas douteux que, pendant les luttes de cette sorte, se soient plus d'une fois manifestées, dans une sphère humble et obscure, des vertus qui, sur un plus grand théâtre, eussent procuré une gloire
durable à ceux qui en faisaient preuve. L'économiste Stanley Jevons est loin de professer pour les associations ouvrières une admiration sans réserve, et il en a fait une critique sévère. Il dit pourtant : « Je ne doute pas que, si l'histoire des grèves et des luttes ouvrières était écrite complètement, elle présenterait tout autant d'exemples de fidélité, d'héroïsme, d'endurance intrépide de la misère ou même de la mort, que bien des guerres décrites dans rhistoire^ ».
On a reproché aux associations ouvrières de faire monter, par leurs efforts pour obtenir un salaire plus élevé et de meilleures conditions de travail, le prix des denrées dont ont besoin les ouvriers d'autres associations. On demande ainsi aux ouvriers de prendre un souci des consommateurs dont les patrons ne font guère preuve quand ils haussent le prix de leurs marchandises. On leur impose un idéal qu'il ne vient à l'esprit de personne d'imposer aussi aux commerrants et aux fabricants. Mais, même en faisant abstraction de ce point de vue, le reproche n'est pas fondée Quand le salaire monte pour une profession, ce fait a une répercussion avantageuse pour les ouvriers des autres professions, les ouvriers ainsi favorisés se trouvant mis en mesure d'acheter davantage. La seule conséquence, par suite, c'est qu'une portion plus considérable des recettes nationales profite à la classe ouvrière. La justice distributive a fait un pas
en avant.
On pourrait leur reprocher à plus juste titre de créer dans la classe ouvrière une aristocratie, en n'acceptant que les ouvriers habiles et qualifiés. Mais on peut répondre que toute évolution sociale se fait par couches successives. La masse entière ne saurait s'organiser d'un seul coup. C'est déjà un grand progrès que les couches supérieures prennent d'abord part à l'évolution. D'ailleurs, (leur histoire le montre) alors même que les associations professionnelles auraient une tendance à se former et à constituer une aristocratie, le principe auquel le mouvement syndical doit sa naissance continue d'agir dans de nouvelles couches. Les ouvriers « non qualifiés » commencent eux-mêmes à- s'organiser; à cet égard, la grève des ouvriers des Docks de Londres (1889) marque une date dans l'histoire des associations.
* Trades Societies, their objecls and their policy. (Dans l'ouvrage : Melliods of Social Reform), p. Ho.
* Cf. Bke.ntano : Die Arbeilergilden, II, p. 233-244.
îl\
4 - Les associations professionnelles, avec tous leurs avanta-es n'en représentent pas moins que les intérêts d'une seule clisse. Si, grâce à l'organisation qu elles établissent parmi es ouvriers, elles rendent possible un accommodement entre ceux-ci et les patrons, tout accommodement suppose toujours un conflit, une opposition préalable. Gomme d'autre part un accommodement ne peut réussir que s'il existe manifestement des intérêts communs, la question se pose tout naturellement de savoir s'il ne pourrait pas exister des associations libres eiitrc ouvriers et patrons, comme il en existe entre ouvriers. G est d'ailleurs ce qu'on trouve réalisé de nos jours. Des patrons intelli-enls et animés de sentiments généreux, au lieu de se borner à'^s'irriter sur les pertes que leur font subir les grèves et les mises à l'index, voient avec chagrin l'amertume et le mécontentement amenés si souvent par le régime actuel du travail. Ils ont été conduits ainsi à inaugurer le système nouveau consistant à faire participer l'ouvrier aux bénéfices, afin de l'attacher par ce moyen plus étroitement à son ouvrage^. Une part déterminée du bénéfice net est réservée au patron ; dans ce qui reste, une certaine somme est déduite pour l'amélioration des machines et l'extension de l'atraire ; le résidu est divisé en deux parts, l'une destinée au patron, l'autre partagée entre les ouvriers, proportionnellement au salaire qu'ils gagnent. En outre, l'occasion est offerte aux ouvriers de s'acheter des actions de l'afl-aire. C'est du moins la règle adoptée par plusieurs de ces associations.
Ge genre de sociétés est dû h l'initiative des patrons; neanmoins^'leur naissance n'est pas de leur part un don gratuit. Dans les professions appropriées a cette organisation — et ce sont surtout celles où il importe beaucoup qu'on puisse avoir pleine confiance en l'ouvrier pour le maniement des machines et des instruments — le patron trouvera également son compte à s'associer avec ses ouvriers. Il en sera de ce progrès comme de la suppression du servage, laquelle, comme on sait, fut utile aussi
aux propriétaires fonciers. L'application et le soin plus grands
* Stanley Jevons • Om Indusbial Partnerships (Methods of Socia Roform p 122-155). — StuartMill : Principes d' économie politique, trad. fr IV 7 5 Dans sa critique de ces associations entre patrons et ouvriers, Beatr'ice Webb montre qu'elles peuvent devenir nuisibles aux efforts des sociétés professionnelles. Die britische Genossenschaflsbewegung. Leipzig. 1893, p. 139-145.
apportés par les ouvriers, le contrôle mutuel qu'ils exercent l'un sur l'autre, la paix et la confiance qui régnent chez tous, les suspensions de travail évitées, tout cela constitue un gain matériel et moral. Non seulement les ouvriers mais aussi les patrons ont besoin d'une éducation. La question sociale ne peut approcher de sa solution que si les patrons regardent leur situation comme une mission sociale impliquant des devoirs sociaux. Parmi ces devoirs se trouve non seulement celui de livrer certains produits de la meilleure qualité et au plus bas prix possibles, mais aussi celui d'amener la petite société h la tête de laquelle ils se trouvent à un plus grand bien matériel et moral. Les patrons peuvent commettre une sorte d'escroquerie sociale de la pire espèce. Ainsi, par exemple, quand ils établissent des fabriques où ils attirent une foule d'ouvriers, tirent le plus de profits possible de l'exploitation, puis abandonnent le tout, soit parce qu'ils n'ont pas assez gagné, soit parce qu'ils ne font pas leurs frais. Les ouvriers sont congédiés et se trouvent dès lors sur le pavé, peut-être avec une nombreuse famille, sans travail et sans pain. Aussi l'esprit général dans lequel les patrons exercent leur activité est-il de la plus grande importance, et par suite l'avenir des relations sociales dépend en grande partie de leurs qualités morales et non pas seulement de celles des ouvriers, comme on le répète si souvent d'une manière pharisaïque. Ge qui est nécessaire ce n'est ni la bienfaisance, ni de grands sacrifices. L'essentiel en cette matière sera qu'on ait une vue pénétrante et sympathique des intérêts généraux. Il est possible que le développement de ces qualités demande encore beaucoup de temps. Toujours est-il que les mécontents s'améliorent plutôt que les satisfaits. Dans tous les cas, il ne serait pas bon que les ouvriers se bornassent à attendre patiemment que cette amélioration se réalisât. Leur propre développement et leur propre indépendance en soufi'riraient. Peut-être Stuaut Mill a-t-il raison de penser que, bien avant le moment où les classes « supérieures » pourront être suffisamment améliorées pour être en mesure d'exercer un régime de protection, les classes « inférieures » se seront tellement améliorées de leur côté qu'elles ne se laisseront plus régir de cette façon.
5. — Il existe une sorte d'association libre qui, plus encore que les précédentes, a pour but de supprimer la diff'érence entre les patrons et les ouvriers, comme d'ailleurs celle qui existe entre
.^*^^*T». vip" ^J?;-!
les ouvriers intelligents et les ouvriers manuels. Ce sont les Tocietés coopératives de production, réunions d ouvriers qu., avec de l'argent économisé ou emprunté, actxètent çux-memes "^moyens de production et plus tard se partagcn le bénéfice ntt^Ces société témoignent do l'énergie, de l'.ntelhgence et de l'esprit de sacrilice susceptibles de se trouver chez les ouvrier^, t sont déjà par là mèn.e d'heureux présages pourl avenir. Pour ■u-rivor à leur but, les ouvriers qui fondent ces sociétés se souiueltent à des privations, à des fatigues et en outre à une con- "a nte et à une discipline que ne supporteraient pas des hommes availlantau service d'autrui. Souvent ils ont su mener leur œuvre à bien, malgré toute la résistance qu'ils rencontraient do la part des autorités. Le fait d'être membre de ces sociétés éveille chez les ouvriers un désir de lumière et une moralité que n'auraient pu produire chez eux ni les sermons m les sociétés de tempérance.
Pourtant elles exigent des qualités qui. pour le moment, ne .e rencontrent que chez un très petit nombre. L'expérience a 'montré qu'elles réussissent seulement si elles commencent avec ,1e l'ar-ont épargné parleurs fondateurs, tandis que les secours fourni' soit par l'Etal soit par des personnes privées n'ont pas des effets très heureux. 11 n'y a, du moins pour le moment, nu'une petite élite susceptible de s'élever parce moyen. Souvent il arrive que les heureux fondateurs de coopératives de production, quand ils ne sont pas animés d'un enthousiasme vif et durable, linissenl par être des capitalistes et des patrons prenant d'autres ouvriers à leur service, dans les conditions
ordinaires. . . .
6 - Les associations professionnelles, les unions entre natrons et ouvriers, les sociétés coopératives de production, sont autant de moyens par lesquels les ouvriers cherchent à assurer à leur classe la participation aux bénéfices de la production. Mais il v a encore une autre voie par laquelle l'union peut les cond'uire à améliorer leur condition. Ce qui importe ce n'est pas seulement de savoir combien on gagnera d'argent par «on travail, mais aussi - et sans doute tout autant - combien on peut acheter pour cet argent. La formation de coopera-