‹ Morale [microform]Chapitre 178 sur 284 · XXVIII. — 3. IMPORTANCE MORALE DE LA CONNAISSANCE · texte numérisé non relu

XXVIII. — 3. IMPORTANCE MORALE DE LA CONNAISSANCE

lien causal entre l'évolution intellectuelle et l'évolution morale, ce devrait être néanmoins déjà un sujet d'étonnement et de déception, si l'on lient compte du travail considérable dépensé pour l'instruction et la propagation des lumières. Et si l'on prétend que seule l'imperfection actuelle de l'enseignement et des lumières est la cause des inconvénients et de la médiocrité des effets moraux produits, alors surgit une autre espèce de difiîculté. Si les connaissances acquises et assimilées d'une façon personnelle peuvent seules avoir de bons effets sous le rapport moral, il semble dangereux de faire participer à l'instruction d'autres esprits que ceux qui remplissent les conditions internes et externes nécessaires pour atteindre complètement le but. Combien seraient exclus dans ce cas, et quelle opposition naîtrait entre les savants et les ignorants ! La société serait divisée d'une manière non moins funeste que la scission produite dans l'individu par une connaissance n'ayant pas pris de racines dans sa nature. Ce ne serait qu'une piètre consolation de se dire que l'histoire nous montre continuellement, rious des formes diverses, une pareille opposition entre les savants et les ignorants. Les sauvages ont leurs sorciers et leurs magiciens ; les anciens Aryas avaient leurs bardes, ayant pouvoir d'attirer les dieux aux sacrifices avant le combat; les Hindous et les Egyptiens avaient leur caste sacerdotale, les Chinois ont leurs mandarins. Partout on trouve une connaissance tenue en haute estime, exigeant une initiation et une préparation spéciales, ce qui ne la met à la portée que d'un petit nombre mais leur assure par là même une domination intellectuelle sur tous les autres. N'en sera-t-il pas toujours ainsi de notre connaissance scientifique, à mesure [qu'elle se spécialisera et s'approfondira davantage ? La science, semble-til, est et doit être aristocratique.

En apparence, il pourrait sembler que nous fussions sous ce rapport en recul sur le moyen âge. Il y avait sans doute aussi h cette époque un corps de gens instruits ; mais les principes de la foi étaient les mêmes pour l'esprit le plus simple que pour le scolastique le plusérudit. Chaque village était pour ainsi dire une petite Athènes : on y enseignait les plus hautes vérités. Pareille chose est-elle possible aujourd'hui? La science s'est tellement spécialisée que chaque savant a peine à se rendre maître personnellement d'un tout petit domaine. Comment dès

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