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XXVIII. — 4. IMPORTANCE MORALE DE LA CONNAISSANCE

lors serait-il question d'une formation intellectuelle commune et universellement étendue?

Ces questions sont les plus graves dont ait à traiter la morale sociale relativement à l'évolution intellectuelle.

4. — Nous en sommes certainement venus, nous autres modernes, à priser trop haut les facultés intellectuelles. Nous les développons hardiment, sans nous assurer si ce développement s'harmonise avec les autres faces de la vie psychique. C'est le rôle naturel de la connaissance de déterminer le contenu et la direction du sentiment et de la volonté. Mais seule une connaissance issue de la réalité même peut nous guider relativement à la réalité. Les plaintes formulées au sujet de l'instruction purement rationnelle, de son inutilité ou des dommages qu'elle cause, devraient donc logiquement aboutir à déplorer aussi le trop grand éloignement où, tant dans son origine que dans son application, elle se tient de la vie réelle. Tel fut aussi, à bien des égards, le cas de l'instruction au xviii^ siècle. Elle se restreignait à un petit cercle auquel la grande masse devait emprunter sa lumière et par suite il ne pouvait être question d'acquisition personnelle. D'ailleurs, le petit cercle des gens vraiment éclairés et pensant par eux-mêmes était, lui aussi, très éloigné de la vie réelle. L'absolutisme les excluait de toute participation aux affaires publiques; et il en devait résulter pour l'ensemble de la littérature un caractère étroit, partiellement fantaisiste. A cause de la centralisation dominante, le peuple n'était pas libre et manquait aussi bien du besoin de lumières que de la faculté de les utiliser. L'instruction du peuple français fut même probablement plus grande au xvi* siècle qu'au xvii^ et au xviii^i.

La science renaît sans cesse à nouveau de la vie. Les moyens artificiels ne sont capables ni de l'entraver, quand on en ressent le besoin, ni de la conserver dans sa floraison, quand ce besoin manque. La science de la nature naît des exigences de la vie pratique, du besoin de commander à la nature extérieure; laphilo-

* Voir ToCQUEViLLE : L'ancien Régime et la Révolution, 7« éd., p. 207 sqq. Adolf Schmidt : Pariser Zustânde, III, p. 335-337. — Rousseau mit en relief les inconvénients qu'entraîne un trop grand écart entre la vie intellectuelle et la vie pratique ; « Tant que la puissance sera seule d'un côté, les lumières et la sagesse seules d'un autre, les savans penseront rarement de grandes choses, les princes en feront rarement de belles, et les peuples continueront d'être vils, corrompus et malheureu.x. » (Discours sur les sciences et les arts).

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