L'ART ET LA VIE
i . Rapports entre la science et l'art. — 2. L'art en tant que vie idéale. — 3. Appréciation esthétique et morale de la valeur. — 4. L'art ne doit pas prendre la place de la vie. — 5. Influence des circonstances de temps et de lieu.
1. — Comprendre une chose c'est l'apercevoir à sa place dans la série des choses, supportée par d'autres et en supportant d'autres à son tour. La science ne s'arrête au particulier et à l'individuel que pour découvrir les lois qui le rattachent au reste du monde. Si nous considérons au contraire les choses du point de vue esthétique, chacune nous paraît constituer un tout original et fermé, et nous ne jouissons de son image que parce qu'elle nous présente quelque chose d'original et de caractéristique. Lorsque nous ne pouvons nous-mêmes former aucune image originale et caractéristique, l'art vient à notre secours.
Aussi bien que le sentiment esthétique, le sentiment intellectuel est apparenté aux sentiments sympathiques, puisque notre plaisir ou notre peine n'y est pas déterminé par le besoin physique de conservation mais par le dévouement à quelque chose dépassant l'horizon de notre individualité. Le sentiment esthétique porte cependant plus que le sentiment intellectuel la marque de la sympathie. Le dernier est plutôt déterminé par le rapport des choses entre elles que par la chose particulière elle-même dans son essence propre. Le sentiment esthétique résulte de ce que nous cherchons à nous identifier avec les choses, h vivre leur vie, et à revivre la nôtre par l'ima-