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XXX. - 2. L'ART ET LA VIE

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réelle. De là le sérieux du jeu esthétique. La jouissance esthétique est plus qu'un divertissement passif. Nous l'obtenons seulement lorsque nous nous sentons captivés par une image réelle de la vie. L'effet moral ne se distingue pas ici de l'effet esthétique parfait. Aristote définissait la tragédie l'imitation d'une grande action qui, en excitant la pitié et la crainte, les purifie. Ce qu'il disait de la tragédie nous pouvons l'étendre à tout espèce d'art. Le jeu ou l'image excitent les mêmes sentiments que les événements réels qu'ils représentent, mais de manière à faire disparaître leurs éléments pénibles et égoïstes. Les événements réels nous surprennent sans que nous puissions toujours en découvrir la liaison : c'est le hasard qui paraît y régner. En outre, ils présentent plusieurs faces diverses et par suite excitent également des sentiments divers. Aussi notre état affectif au cours des événements vécus n'est-il pas toujours « pur», c'est-àdire qu'il s'y manifeste des sentiments variés, pas toujours cohérents. Dans la représentation artistique au contraire, tout a pour but d'exciter une impression d'ensemble qui réponde aux traits essentiels et caractéristiques de la chose ou de l'événement. Sans rien enlever à l'image de son caractère individuel et concret, l'art en fait ressortir l'essentiel. Nous sommes ainsi affranchis des incohérences, nous recevons une impression d'ensemble, et il nous est plus facile de nous identifier par notre sentiment avec l'objet représenté. C'est aussi la raison pour laquelle la reproduction artistique nous apprend à mieux comprendre les choses. Elle ne nous en donne pas sans doute une explication scientifique, mais en nous montrant une chose dans toute son originalité, elle nous fait voir clairement son droit à l'existence. Quelle qu'en soit d'ailleurs la nature, l'objet est une partie caractéristique de l'univers, ou plutôt il forme lui-même un petit monde. Ce petit monde, étant fixé par une image, est en quelque sorte soustrait au temps : ce qui était seulement un trait d'union fugitif entre le passé et l'avenir reçoit dans l'art une vie éternelle. Grâce à l'art, nous sommes affranchis non seulement de l'éparpillement et du hasard, mais encore de l'instabilité. Tandis que la tragédie « purifie » la crainte et la pitié, la comédie purifie le sentiment de puissance et le sentiment personnel. Ce que manifeste le rire excité en nous par la poésie comique, ce n'est pas une raillerie blessante, mais un sentiment d'affranchissement, provenant de ce que

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