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LA MORALE ET LE SENTIMENT RELIGIEUX

1. Comment la culture religieuse touche à la morale. — 2. Le sentiment de la vie cosmique. — 3. Ses éléments intellectuels et moraux. — 4. Diversités individuelles. Secours spirituels.

1. — Comme nous l'avons remarqué précédemment (II, 3), il fautquelamorale bâtisse surlc moins possible depostulats. Elle ne doit pas prétendre à une place à part dans l'ensemble de la science ni essayer d'ébranler les principes, les résultats et les hypothèses établis dans les autres branches du savoir. Mais la vie religieuse, telle qu'elle s'est développée dans le genre humain, a été rattachée à des opinions et à des dogmes qui ont amené un conflit sans cesse renouvelé entre elle et la science. Il pourrait donc sembler que la morale soit destinée à n'avoir de rapports avec la culture religieuse que comme avec un phénomène purement historique, comme avec une puissance étrangère avec qui elli3 doit compter, qu'elle peut critiquer et apprécier, mais avec qui, par sa nature et ses postulats, elle n'a aucun lien de parenté. Pourtant ce serait là une conclusion précipitée.

D'abord, en effet, les religions qui ont fait leur apparition dans l'histoire, ou tout au moins leurs formes les plus élevées, ont toujours été en leur temps des puissances morales. Les idées morales ont constitué une partie essentielle du fond des religions positives. Si on les considère sous cet aspect, il doit y avoir une certaine parenté entre la morale et la religion positive. — En second lieu, on peut se demander si, au point de vue où la morale se place, on n'apercevrait pas la possibilité d'un senti-

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m XXXI. - 2. LA MORALE ET LE SENTlMEiNT RELIGIEUX

ment qui, même si l'on ne voulait pas le nommer sentiment religieux' serait pourtant, à cause de sa nature psychologique, apparenté au sentiment religieux tel qu'il se manifeste dans les religions positives supérieures. Je vais essayer maintenant de décrire un sentiment de cette espèce, en remettant au chapitre suivant l'étude de l'importance morale de la religion positive. <i,^VQ,v sentiment vital on entend en psychologie le sentiment de plaisir ou de douleur correspondant au cours de la vie organique en nous-même. 11 se rattache par conséquent à la facilité et à la vigueur avec lesquelles ont lieu en nous la respiration, la circulation et l'ensemhle des fonctions de nutrition K Au fur et à mesure que la conscience se développe, le sentiment n'est plus seulement déterminé par notre état organique, mais encore par un ensemble plus ou moins considérable de représentations. Notre sentiment s'attache à bien des choses situées hors des limites de notre organisme. Dans les sentiments intellectuel et esthétique, notre plaisir et notre douleur sont déterminés d'un côté par l'activité intellectuelle, de l'autre par les images que la nature ou l'art fournissent à notre imagination. Mais quand, à l'aide de la pensée, nous avons réfléchi sur notre situation dans l'existence, quand nous avons compris qu'avec toutes nos aspirations, tous nos projets et tous nos idéals, nous sommes seulement des termes particuliers d'une vaste et incommensurable série de causes et d'etfets, alors naît un sentiment vital ne s'appliquant plus à la seule vie de notre organisme propre, mais encore à la vie qui anime l'univers entier dont nous faisons partie. Notre sentiment vital s'élargit : il est déterminé par le cours de la vie et* du monde, pour autant que nous pouvons nous en faire une idée. H se forme un sentiment de la vie cosmique, analogue au sentiment de la vie organique. Il se distingue de ce dernier par son contenu intellectuel, composé de toutes les expériences acquises et de toutes les idées formées en nous par le cours des choses. 11 se distingue de plus des sentiments intellectuel et esthétique par son caractère personnel et réel. Dans la pensée et l'imagination, nous nous oublions nous-même

« Psychologie, VI, A. 3 a. - La desciiption suivante du sentiment religieux, pris au sens de sentiment de la vie cosmique, est un développement des brèves indications données sur ce point dans ma P^Vj^hologis VI, C, 8 6 sqq. Cf. également : Die Grundlage der hurnanen hthik, p. 58-

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