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XXXL - 4. LA MORALE ET LE SENTLME.NT RELIGIEUX

Nous gravissons le sommet d'une montagne, non pour y demeurer et pour nous soustraire à la vie réelle, mais pour respirer l'air pur et fortifiant, peut-être aussi très vif, pour élar-ir et éclairer notre regard de manière à pouvoir revenir plus dispos aux horizons étroits où nous rappellent nos devoirs pratiques. Il y a un élément volitionnel étroitement associé au sentiment religieux et qui l'empêche de se transformer en exaltation spéculative ou sentimentale. La disposition affective oscillant entre l'espérance et la crainte, provoquée dans l'individu par sa destinée changeante et celle des plus hautes valeurs de sa vie, amènes cette concentration particulière et cette profonde réflexion sur soi-même qui constituent le sentiment religieux ; mais de cette même concentration naît la volonté de tenir ferme du bon côté, de travailler de concert avec toutes les forces utiles à ces valeurs de la vie. La foi religieuse qui tantôt revêt plutôt le caractère de la patience, tantôt davantage celui de la sérénité, est une volition qui, malgré tous les obstacles et toutes les résistances internes et externes, malgré toutes les incertitudes et tous les doutes, maintient fermement la pensée de l'idéal. Il y a là tout un domaine de labeur interne où, non moins que dans celui de la vie extérieure, on peut faire montre de constance et de courage. Mais nous avons déjà parlé du côté purement moral des devoirs qui se présentent ici (voir X, 3-4). 4. — Le sentiment que nous venons de décrire ne s'accuse pas avec la même force chez tous les individus. Certaines natures en sont particulièrement susceptibles, comme d'autres le sont pour le sentiment intellectuel ou esthétique. De plus, sa composition est SI complexe que ce n'est pas miracle si ses éléments se trouvent chez des individus différents en des rapports mutuels très divers qui en rendent le ton très variable. Déjà le rapport entre le sentiment de la vie cosmique et celui de la vie organique peut être très varié. Souvent ils sont en opposition manifeste entre eux. Le tempérament ne décide pas d'une manière absolue de notre façon d'être affectés par l'univers. Un ' homme de tempérament mélancolique, et dont par conséquent le sentiment vital organique est surtout empreint d'un caractère sombre et pénible, peut néanmoins très bien voir sous un jour optimiste le cours des choses dans la nature et dans l'hisloire. 11 se peut que l'élément triste de l'univers soit borné à l'espace occupé par lui, et que, par un effet de contraste, le reste

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