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XXXI. - 4. LA MORALE ET LE SENTIMENT RELIGIEUX

du monde lui apparaisse précisément sous un jour heureux. Inversement, il y a des gens dont la disposition organique fondamentale s'interrompt et se trouble lorsqu'ils jettent les regards sur le monde. Certains attribueront la plus grande importance à ce que Tètre présente d'énigmatiquc et d'indéehilTrable, d'autres à rensemble soumis h des lois qui en constitue l'essence et que la science réussit à découvrir peu à peu. Chez les uns, le sentiment sera déterminé de préférence par telle classe d'expériences,

par telle autre ctiez les autres, chez ceux-ci par exemple par la vie de la nature, chez ceux-là par l'histoire de l'humanité. Chez certains (par exemple chez Spinoza) le sentiment de la vie cosmique revêt essentiellement un caractère de résignation, chez d'autres (par exemple chez Fichte) un caractère d'enthousiasme et d'activité exubérante. Il y a cependant une dillerence marquée entre l'optimisme et le pessimisme. Le cours de la vie leur donne raison en partie à tous deux, et ils ne sont inconciliables que lorsqu'on érige chacun d'eux en un système spéculatif. D'un coté chez Platon et dans la théologie chrétienne, de l'autre chez Schopenhauer, les deux formes opposées du sentiment de la vie cosmique se trouvent développées en constructions théoriques diamétralement contraires. Une importante différence apparaîtra dans l'originalité et la personnalité avec laquelle les divers individus seront capables de former et d'exprimer les idées dans lesquelles leur sentiment religieux se fait jour. Chez certains, ces idées dépendront des formes religieuses traditionnelles de la famille ou de la nation; chez d'autres, se répétera d'une manière personnelle une vie affective analogue à celle d'où est sortie la forme traditionnelle de la reli^gion, avec cette différence toutefois que les modiiicatious survenues dans l'évolution de la culture amèneront des nuances nouvelles, ou feront accentuer davantage certains côtés; chez d'autres encore, il s'établira une telle action réciproque entre l'évolution de leur vie affective et les progrès de leur expérience qu'ils ne pourront être compris de leur entourage, ni reconnaître dans les symboles usuels des expressions de leur propre vie intérieure. Ces derniers suivront alors en solitaires leur chemin particulier, à moins qu'ils ne possèdent la faculté' créatrice de symboles et la profondeur de personnalité pouvant en faire des modèles et des chefs.

Mab^ré ces diversités, il n'en existe pas moins ici un domaine

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