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LA MORALE ET LE SENTIMENT RELIGIEUX

spirituel commun, oîi peut se produire une évolution commune dans ses grands traits, et où les individus ne se font pas nécessairoment obstacle l'un à l'autre. Si le sentiment que nous avons décrit est véritable, il est déterminé par le monde réel et ses modalités. Or c'est évidemment le même monde qui apparaît à tous, encore que leurs dispositions affectives originelles (leurs tempéraments) et leurs expériences diffèrent. Si les hommes s'efforcent réellement de savoir comment est fait l'univers, ils sont obligés aussi de faire entrer en ligne de compte cette particularité qu'il peut et doit nécessairement être envisagé d'un si grand nombre de points de vue divers. Aussi bien, connaissons-nous seulement l'univers par les images qui s'en forment dans la conscience de chacun ; or, dans ces images, ce ne sont pas toujours les mêmes traits qui se détachent avec le plus de netteté et de vivacité, et elles ne sont pas non plus toutes vues sous la même lumière. Par là précisément le monde devient plus riche et plus varié, et la sympathie s'élargit h mesure que l'on sait mieux s'identiiîer avec la manière dont les autres le perçoivent et le sentent. Dans toute vie intimement commune, il faut nécessairement que les esprits soient d'accord à cet égard, ou tout au moins qu'ils se connaissent et se comprennent. Le secours spirituel qu'un homme peut prêter à l'autre consiste essentiellement à donner plus de vérité et de clarté au sentiment que celui-ci a de la vie. 11 n'est pas besoin pour cela que 1 tous deux soient placés exactement au même point de vue, ni qu'ils appartiennent au même type religieux ; quand on a le sens de la personnalité et de la vérité personnelle, on pourra aider autrui à parvenir à une clarté complète et à une expression parfaite de son être, lors même qu'on serait soi-même un être tout différent. Certains individus sont tout particulièrement propres à prendre ainsi soin des âmes, et ils le font souvent sans le savoir. Mais personne n'est complètement exclu de cette mission. Le sacerdoce universel qua proclamé le protestantisme, mais qu'il n'a jamais complètement fait passer dans la pratique, pourra devenir une vérité au fur et à mesure qu'il sera permis à la vie affective de se développer d'une manière libre et originale dans les divers individus, et que croîtront en même temps la sympathie et le sens psychologique. C'est surtout aux médecins et aux prêtres qu'il appartient d'exercer ici une influence particulière. Mais les premiers ont

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oncore trop de problèmes physiologiques h résoudre, pour pouvoir convenablement développer leur sens psychologique; ils sont beaucoup trop portés h considérer la vie sous son aspect extérieur et matériel. Quant aux derniers, leur point de vue les oblige, avant toutes choses, à s\assurer de la rubrique dogmatique sous laquelle ils doivent ranger les phénomènes psychiques qu'ils rencontrent : il leur manque le regard d'hommes libres.

Alors même que l'on voudrait qualifier de religieux le sentiment de la \io. cosmique, il n'est pas besoin, dans tous les cas, de fonder pour cela aucune église, ni d'établir aucun culte, non plus que de s'appuyer sur un dogme quelconque. La société h laquelle ce sentiment donne la vie est la plus libre de toutes les sociétés : «die se manifeste uniquement par une intelligence et une assi.stance réciproques. Son église c'est la vaste étendue de la nature elle-même, son culte c'est le travail, c'est la vie commune avec les hommes et avec la nature, la vie pour la science et pour l'art. Dans tous les cas, il faut, comme nous le verrons, des conditions toutes particulières pour qu'un système commun de symboles et un ensemble commun de rites extérieurs puissent se former.

IMPORTANCE ÉTHICO-SOCIALE

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