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XXXII. - 2. IMPORTANCE ÉTHICO-SOGIALE DES RELIGIONS

pathie, l'amour de l'humanité ont grandi : aussi l'imagination a-t-elle perdu son énergie sous ce rapport.

2. — Ce ne sont pas seulement les résultats de l'évolution morale qui sont ainsi transportés dans le dogme et le culte. Xous ne pouvons comprendre l'importance des religions positives que si nous les regardons comme des condensations de tous les côtés de la vie mentale. Si l'on compare les formes supérieures aux formes inférieures du dogme et du culte, l'influence de l'évolution intellectuelle et esthétique n'apparaît pas moins que celle de l'évolution éthico-sociale. Les religions supérieures se sont appropriées plus de connaissance rationnelle que les inférieures. L'idée de la divinité est toujours mis(; Jusqu'à un certain point en harmonie avec la connaissance croissante de l'ensemble formé par la nature. Le fétichiste et le poly- Ihéiste se heurtent plus vite aux limites de la raison humaine que le monothéiste, dont la divinité est la source de touteschoses, y compris les lois de la nature. Par rapport aux religions inférieures, la religion supérieure est rationaliste. Les facultés esthétiques, elles aussi, trouvent un emploi dans les religions. L'imagination cherche à se foinier des êtres qui sont l'objet de la foi des images aussi vives, aussi claires et intéressantes que possible. Elle s'efforce de représenter le grand et le sublime.

La religion positive est à l'origine l'unique forme de culture idéale. Les vies morale, intellectuelle et esthétique existent alors essentiellement sous la forme religieuse. Tous les côtés, toutes les tendances de la vie mentale se condensent et se transforment en dogme et en culte. Aussi la religion positive ne prétendelle pas contenter un côté unique de la nature humaine, comme la pensée, l'imagination, le sentiment ou la volonté, mais elle s'adresse à tous les côtés et, dans son époque classique, elle est, au point de vue mental, tout pour l'homme. On ne connaît alors ni science, ni art, ni morale spéciales ; aussi la religion ellemême ne forme-t-elle pas un objet spécial à côté d'autres branches d'activité. L'importance de la religion dans l'histoire de la civilisation tient à son remarquable pouvoir de condensation par rapport à beaucoup des choses qui semblent ou pftt semblé aux hommes vraies, bonnes et belles. C'est avec toute la force accumulée par cette condensation que la religion agit sur les hommes. Elle les nourrit et les élève avec des éléments qu'elle a elle-même absorbés et transformés. C'est la tache de

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rhistoire des religions de montrer les divers modes de condensation qui se sont produits ici, ainsi que les divers éléments acquis aux différentes époques. Une grande religion ne s'achève pas d'emblée, ni par l'action d'un seul homme. Un grand nombre de générations et de personnalités d'espèces diverses contribuent, par la projection spontanée des expériences de leur vie, à la formation du culte et du dogme. Le génie religieux se manifeste par l'introduction d'une condensation nouvelle des éléments de la vie mentale d'une époque donnée, et le sens religieux consiste dans le besoin et la faculté de recevoir la nourriture spirituelle sous cette forme.

3, — \u cours de l'évolution progressive de la culture, il se produit, dans le domaine mental, une division du travail. Le morcellement remplace la condensation, l'analyse remplace la synthèse. Chaque côté, chaque tendance de la vie mentale réclame désormais une attention et une énergie particulières. 11 se forme une science spéciale, un art spécial, et la morale cherche sa base distincte, indépendante du dogme et du culte. Dès lors naît le conflit entre la foi et la science, entre la morale philosophique et théologique, entre lEglise et l'Etat. A ce degré de l'évolution, la religion positive devra souffrir d'un«' difficulté, d'une contradiction interne, provoquée justement par ce qui faisait sa force aux degrés antérieurs : elle doit exprimer la vie mentale tout entière, et pourtant n'est ellemême qu'une manifestation spéciale de cette vie, à côté de la science, de l'art, de la morale et du reste de la culture.

L'importance morale d'une religion positive dépendra d'un côté, de la façon particulière dont elle reliera les divers éléments (intellectuels, esthétiques, moraux), de l'autre, et surtout, des idées morales qu'elle se sera appropriées. Sa ruine peut entraîner la perte d'une importante force morale. D'une part, il y a des natures seulement aptes h recevoir la nourriture mentale sous forme condensée, et qui se trouveront dès lors dispersées et vides. De l'autre, il n'est pas dit que les éléments particuliers soient capables d'agir aussi vigoureusement ailleurs que dans la condensation proprement religieuse. L'oxygène ne peut-il pas, comme élément constitutif de l'acide carbonique, produire des effets dont il serait incapable à l'état libre ? Pas plus que l'importance morale d'une religion positive ne va de soi, il ne va de soi que sa dissolution soit un progrès.

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